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Des propos durs et blessants rapportés par la presse
ont été tenus par de hautes autorités politiques françaises à rencontre
d'un sous-ofïîcier supérieur de l'armée à l'occasion de l'incendie
du camp de Carpiagne fin juillet. Ils ont suscité des réactions indignées
non seulement de la communauté militaire mais également de la part
de très nombreux civils surpris par la violence des termes employés.
Ce type de propos, s'il devenait récurrent, pourrait entraîner une
rupture de confiance durable entre l'armée et les responsables politiques,
affaiblissant ainsi inutilement notre pays.
Un sous-officier supérieur, décoré tant sur le plan militaire que
civil pour actes de courage, a commis une faute professionnelle en
estimant pouvoir s'affranchir d'une consigne relative à l'emploi des
balles traçantes. Il sera sanctionné conformément au règlement et
éventuellement condamné s'il s'avère que cette faute est directement
la cause de l'incendie. L'enquête le dira. Pour autant, est-il acceptable
qu'un haut responsable politique parle de « stupidité incroyable »
?
Par ailleurs, cette même autorité s'étonne que les soldats s'entraînent
l'été par des températures supérieures à 30° ; mais ignore-t-il que
la France déploie des soldats en Afrique et en Afghanistan où la température
est souvent bien supérieure et qu'une armée doit s'entraîner en permanence
dans les conditions les plus proches du combat pour être toujours
disponible et efficace?
On ne peut manquer d'être surpris que pour un incendie de garrigue
certes important mais qui n'a pas fait heureusement de victime, le
chef du gouvernement ait jugé nécessaire de se déplacer. N'y a-t-il
pas de problèmes plus importants en France? Les plus hauts dirigeants
de notre pays ne se discréditent-ils pas à intervenir dans des événements
qui ne sont pas de leur niveau, à moins que leur objectif soit de
répondre à l'urgence médiatique et de pouvoir ainsi faire preuve de
fermeté devant l'opinion? Pourtant des faits autrement plus graves
n'ont entraîné aucune réaction officielle comparable, notamment quand
il s'agissait d'incendies volontaires et de destruction massive de
véhicules dans certaines banlieues.
L'armée est disciplinée et exemplaire tant dans l'exécution de ses
missions de guerre et de service public que dans la conduite des réformes
qui lui sont demandées. Et c'est dans la discrétion que, plus qu'aucune
autre institution, elle sanctionne avec rigueur les fautes de ses
membres. Les hommes politiques doivent-ils faire de la surenchère
à bon compte ? Pour quel intérêt ?
L'armée est une communauté dont les membres sont liés par une véritable
fraternité d'armes. Aussi l'imprécation lancée à l'un d'eux est perçue
comme un affront fait à tous. Cette cohésion, elle la cultive car
l'esprit de corps est un atout décisif au combat. Que de hautes autorités
politiques tiennent de tels propos et c'est l'ensemble des membres
de l'institution militaire qui est touché. Si tous ont conscience
de la faute commise, aucun n'accepte ces paroles excessives qui conduisent
nombre d'entre eux à douter de la capacité des responsables politiques
à garder leur clairvoyance et leur sang froid dans des circonstances
autrement plus graves.
Enfin, croit-on que les termes employés soient de nature à renforcer
la crédibilité de l'armée et la confiance que lui porte la nation?
Rappelons cependant que les personnels de la brigade des sapeurs pompiers
de Paris et du bataillon des marins pompiers de Marseille ainsi que
ceux des unités de la sécurité civile sont des militaires et que des
centaines d'autres soldats participent chaque année à la lutte contre
les incendies trop souvent criminels dans le sud de la France et en
Corse ?
Il est vraiment consternant qu'un fait divers de cette nature ait
pris une telle dimension en raison des déclarations excessives qui
l'on suivi.
L'ASAF souhaite
que cesse cette forme de réprobation précipitée.
Crédit: editorial du bulletin de l'ASAF
09/2009
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