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La Torture et ses dénonciateurs professionnels

 

 

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A quel titre les Français d'Algérie ont-ils à se sentir concernés par la dénonciation de la torture en Algérie ?
Si, il en existe bel et bien un: Cest qu'ils sont les premières victimes de cette pratique, tant morale que physique.

Non seulement les Français d'Algérie ont été victimes de la torture en Algérie mais ils en sont aussi les victimes en France. Et depuis 45 ans cette pratique récurrente est en exercice à leurs dépens et elle a même pour but de hâter leur disparition de telle manière qu'ils finissent bien un jour par ne plus parler. C'est-à-dire par se taire. Par la fermer, une fois pour toutes.

Voilà un peuple qui n'avait rien demandé à personne, qui vivait depuis plus d'un siècle sur une terre qui n'appartenait à personne tellement elle avait appartenu à tout le monde et qui ne se déplaçait sur le territoire métro- politain que pour le libérer et y mourir les armes à la main quand la nécessité l'imposait. Deux fois, tout de même. Cahin-caha ce peuple avait été dispersé au fil des lustres sur la terre d'Algérie, tantôt par les monarchies qui avaient eu besoin de calmer la piraterie barbaresque qui faisait rage au coeur de la Méditerranée, tantôt par le souci humaniste et colonisateur de socialistes et de Francs-Maçons qui se faisaient un devoir de hisser les "peu- ples inférieurs" (Jules Ferry) au niveau de civilisation avancée que les Droits de l'Homme peuvent imposer.

Au terme d'un imbroglio politique dans lequel les Français d'Algérie comme les musulmans ne furent que les spectateurs inquiets et les victimes potentielles, un général recouvert d'une gloire passée à revoir et d'un képi à deux étoiles provisoires débarqua avec des valises de promesses que tout le monde prit instantanément pour argent comptant. Un pareil personnage qui vous jure dans l'oreille quelque chose, ce serait une profanation dans le Panthéon que de douter ! Non ?
Il avait décidé de prendre le pouvoir et pour arriver à ses fins - mais cela qui s'en doutait ? - il lui fallait caresser la bête dans le sens de la crinière en poils de chameau. Tout le monde sait cela. Tout le monde sait que Charles De Gaulle a menti à la face du monde et qu'il a jeté à la mer un million de Français d'Algérie, qu'il a livré à la mort 25.000 de ces Français d'Algérie, 150.000 Harkis abusés et trop crédules et que non content d'avoir trompé tout le monde, il a employé des polices parallèles, des gens de S.A.C et de corde, des tueurs, des Barbouzes, pour écraser la légitime révolte de tout un peuple trompé. Il entrait dans la gloire immarcescible des plus grands héros de l'Histoire en bradant plusieurs départements, un Sahara qu'aucun Evian source Crachat n'avait réclamé et en pourchassant d'une vindicte effroyable des dizaines et des dizaines de milliers de ses compatriotes, coupables d'avoir pris à la lettre ses serments:
- Moi vivant, jamais le drapeau fellagha ne flottera sur Alger.
- Comment pourrions-nous être assez stupides et assez lâches pour abandonner l'Algérie ?
- Vive l'Algérie française !

- Comment pouvez-vous croire les menteurs et les usurpateurs qui vous disent que De Gaulle voudrait abandonner l'Algérie ?
(J'en passe et des meilleures).
Il a fabriqué de toutes pièces l'insurrection de la Commune de Paris à Alger qui s'est alors appelée l'OAS et comme Thiers avait fait fusiller le Colonel Rossel de l'Ecole Polytechnique, De Gaulle a fait fusiller le Colonel Bastien Thiry de l'Ecole Polytechnique.

Avec la différence qu'après la victoire des Versaillais sur les Communards Paris est resté Paris mais qu'Alger est devenu Djezaïr après la défaite de l'OAS et qu'au nom du " droit des peuples à disposer d'eux- mêmes " les Français d'Algérie n'ont disposé que d'une valise pour foutre le camp. Dans cette histoire où dans le pire des cas on a la chance de pouvoir partir avec armes et bagages, les Français d'Algérie furent égorgés d'avoir voulu emporter plus qu'une seule valise et fusillés et emprisonnés d'avoir voulu se servir d'une arme.

Ce que le Jean Moulin survivant de la Résistance précédente les enjoignait courageusement à faire: J'ai nommé le Président Georges Bidaut, prudemment effacé à la façon soviétique de toutes les mémoires professionnelles et politiciennes actuelles. A 65 ans le Jean Moulin survivant reprenait le chemin de la Résistance. Sa mémoire et son exemple sont la honte de l'ensemble du monde politique de ce pays qui n'aime les héros que survivants ou vainqueurs. Georges Bidaut, rayé des stèles, des imageries et des photos, des commémorations et des solennités est non seulement le Jean Moulin survivant de la première Résistance mais il est aussi et surtout le dénonciateur de l'imposture gaulliste dont les pétitionnaires frileux et hypocrites de la torture en Algérie se gardent bien de parler, tant son souvenir, son verbe et son courage leur traversent les entrailles pour les humilier et les courber de honte.

Les Français d'Algérie sont les premières victimes et les victimes en vigueur, si j'ose dire, depuis 45 ans, de la torture d'Etat, ordonnée par les dirigeants socialistes et gaullistes de l'époque. Ce n'est tout de même pas au Café de Jo Ortiz, sur les bancs du Forum, dans les fermes de l'Ouarsenis ou au réfectoire du 2ème REP que se décidait la politique de la France. Les ordres donnés concernant la corvée de bois et la torture n'étaient tout de même pas du ressort des Françaisd'Algérie.

Aux aguets à leur balcon, des casseroles aux mains pendant que les politiciens les ont bel et bien aux fesses, ils scrutaient avec angoisse l'horizon, priant le ciel que Charles Le Mauvais ne soit pas aussi cruel que ce que l'évidence semblait de plus en plus le laisser paraître.

Yan Ziano et Madame Salasc étaient-ils Français et Français d'Algérie oui ou non ?
Et par qui furent-ils torturés ?
Le général Debrosse agissait au nom de qui ?
Au nom des Français d'Algérie ou au nom du Charles en question ?
Et le général Aussaresses, n'était-ce pas des dirigeants socialistes et gaullistes qui lui accordaient toute sa confiance ?
Et le Compagnon de la Libération Jacques Massu, à qui devait-il ses fonctions ?
Quant au général Paris de La Bollardière, autre Compagnon de la Libération, on peut comprendre que sa veuve souffre de quelques vapeurs embarrassantes. Le manque d'autorité d'un chef militaire produit souvent beaucoup plus de ravages encore au sein d'un régiment que son excès.

A quel titre les Français d'Algérie et les musulmans d'Algérie alors auraient-ils à défendre l'un ou l'autre de ces protagonistes qui se gardent bien de s'affronter eux-mêmes ?
Les Français d'Algérie ne vont tout de même pas se faire maintenant les Harkis des dirigeants socialistes et gaullistes qui, seuls, ont pris la responsabilité d'ordonner la torture.

Que les pétitionnaires en question se tournent le doigt vengeur en direction des tombeaux de Guy Mollet, de François Mitterrand, de Charles De Gaulle pour régler leurs problèmes avec l'Histoire. Et s'il leur reste un zeste d'honnêteté ils daigneront se souvenir du grand malheur des Français d'Algérie qui ne demandaient rien à personne et qui vivaient en Algérie parce que Charles X et Jules Ferry l'avaient voulu et qui en sont partis parce que Charles De Gaulle en décida ainsi pour empêcher la France de devenir algérienne, selon sa confession à Alain Peyrefitte.

Non, si les Français d'Algérie ont à parler de torture, c'est à bon escient ! Que les pétitionnaires ôtent leurs oeillères et leur hémiplégie du coeur et qu'ils se souviennent aussi de la torture qu'ils leur infligent sans vergogne depuis tant d'années. Où étaient- ils quand les salves crépitaient au Fort d'Ivry et au Fort de Vincennes tous ces pétitionnaires émus ?
Où étaient-ils quand le peuple d'Alger était fusillé à bout portant par des supplétifs sortis de nulle part pour obéir aux ordres funestes ?
Où étaient-ils quand par milliers le 5 Juillet des Oranais étaient livrés aux égorgeurs devant les bras croisés du général Katz, enfant trouvé chargé de pourchasser des soldats perdus ?
Que Monsieur Hocine Aït Ahmed se joigne aux pétitionnaires en question ne manque pas de sel. Un terroriste en chef reconverti dans la compassion et l'émoi des crimes passés ...
Ayons l'indulgence pudique de faire silence mais sans oser sourire toutefois.

Et quant à eux, les Français d'Algérie, qu'ils ne craignent pas de ne se préoccuper que de ce qui les concerne. Qu'ils ne craignent pas de laisser les grandes personnes se débrouiller entre elles. Qu'ils abandonnent enfin des querelles qui ne les concernent qu'au titre de victimes. Aucunement de témoins ni d'acteurs.

Sans la trahison de Versailles le Colonel Rossel n'aurait pas été passé par les armes par Thiers et serait mort de vieillesse.

Sans Buchenwald le Colonel Von Stauffenberg n'aurait pas été passé par les armes par Hitler et serait mort de vieillesse.

Sans la rue d'Isly, sans ses compatriotes trahis et assassinés, le Lieutenant Degueidre n'aurait pas été massacré par Charles De Gaulle et aurait 82 ans aujourd'hui.

Guy ROLLAND
Crédit:Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N° 160 Février 2008

Mise en page 09/03/2008

 

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