Comme dans les anciens pays socialistes, la
réalité officielle n'est jamais celle dont les gens
font l'expérience. Révélations de Michèle Tribalat.
Racisme-antiracisme: les bouches
s'ouvrent et l'étau se desserre. Chacun connaît Eric Zemmour,
talentueux kamikaze qui a fait sauter le verrou de l'hypocrisie
en affirmant, dans une émission de Canal plus, que chacun savait
que la majorité des dealers de drogue étaient des Noirs ou des
gens d'origine maghrébine. Il a provoqué un tollé et la mobilisation
des grandes consciences de la République. L'affaire continue de
susciter des polémiques, mais Zemmour, qui a le cuir solide, sait
encaisser les coups. On a moins entendu parler d'un livre d'une
grande importance que les « vigilants » de Fantiracisme ne sont
parvenus ni à faire oublier ni à stigmatiser. Un livre qui s'attaque
à l'épineuse question de l'immigration ite, et ce, de manière
scientifique et posée.
Journaliste
vigoureux, romancier sulfureux, Eric Zemmour bouscule quelques
tabous, à commencer par celui de l'immigration.
Dans Les Yeux grands fermés. L'immigration en France, Mme Tribalat,
qui est démographe et directrice de recherche à l'Institut national
d'études démographiques (Ined), décrit de l'intérieur, car elle
a participé à leurs travaux, l'idéologie sous-jacente de ces deux
organismes que sont le Haut Conseil à l'intégration et la Commission
nationale consultative des droits de l'homme.
« L'a priori idéologique estdéterminantdfms la manière d'aborder
tout ce qui se rapporte à l'immigration en France, écrit-elle.
La réalité, la mise en évidence des faits ne comptent guère. Il
faut avant tout se positionner, donner des gages, montrer que
l'on pense du côté du Bien. Quelle que soit la réalité, il faut
vanter les mérites de l'immigration, se féliciter de ses apports
multiples et de l'enrichissement quelle suscite. Ce bain idéologique
enserre les sciences sociales qui ont appris, avec les années
80, à se démarquer absolument du Front national. Travailler sur
l'immigration, c'est partir en mission contre ceux qui pensent
mal, mais aussi pour faire bonne mesure, contre ceux qui doutent.
» Et comme si l'estocade ne suffisait pas, elle ajoute ceci: «
Cet embrigadement des sciences sociales a fait le vide, au détriment
d'une pensée raisonnée qui serait attachée à penser à partir des
faits et des réalités. L'antiracisme structure l'expression savante
et ordinaire sur l'immigration. À une époque où l'on "brise les
tabous" et où l'on valorise la transgression, le positionnement
moral est paradoxalement dominant. Rester du côté du Bien demande
une vigilance de tous les instants. L'immigration est sacralisée
au point que le désaccord ne peut exister et être raisonnablement
débattu. »
Dans ce livre, dont l'écriture a demandé beaucoup de courage car
son auteur fait partie d'un organisme d'État, l'Ined, où l'antiracisme
idéologique est prégnant, la démographe met Michèle Tribalat,
démographe et directrice de recherche à l'Institut national d'études
démographiques (Ined), décrit dans son essai, Les yeux grands
fermés. L'immigration en France (Denoël), l'idéologie antiraciste
qui interdit de voir la réalité et de la penser. en relief la
différence qui règne entre la pratique du débat en France et en
Angleterre. Elle rappelle que, dans ce pays, le débat sur l'immigration
a réellement lieu, sans l'ostracisme qui en est la marque ici,
avec des points de vue alternatifs crédibles. Elle va aussi plus
loin et met en cause la probité professionnelle des médias en
France, qu'elle accuse de ne pas toujours faire leur travail élémentaire:
informer et enquêter, avant de juger. Comment en serait-il autrement,
quand on sait que les médias, et notamment les médias télé, sont
souvent verrouillés par une idéologie formatée dans les écoles
de journalisme et dont les a priori sont ceux de l'antiracisme
?
«Les médias répugnent généralement à livrer certaines informations,
même lorsqu'elles leur sont communiquées, parce quelles pourraient
dégrader l'opinion publique sur l'immigration et alimenter le
racisme, faire sortir le "mauvais génie de la bouteille", en quelque
sorte. emprise morale de F antiracisme se traduit par la rétention,
l'arrangement des faits, l'abstention, sans compter la faible
incitation à une connaissance dégagée de tout enjeu idéologique»,
écrit Michèle Tribalat.
Travailler sur l'immigration, c'est partir
en mission contreceux
qui pensent mal, mais aussi contre ceux qui doutent
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Ainsi se produit un phénomène étrange de déréalisation comparable
à celui observé dans les anciens pays socialistes, où la réalité
officielle n'était jamais celle dont les gens faisaient l'expérience.
Ce qui explique que les gens qui vivent parfois un enfer dans
certaines cités, banalité de la destruction et des intimidations,
ont l'impression d'être abandonnés, sauf en cas de drame : crime
contre un élève, agression violente contre des professeurs, ou
intervention policière massive, comme c'est le cas ici ou là.
Non seulement ils sont victimes, mais ils passent aussi parfois,
aux yeux de certains, pour coupables dès lors qu'ils se plaignent
de vivre une réalité qui relève, pour les bien-pensants à l'abri,
de l'hallucination ou du délire raciste. Comment ne seraient-ils
pas « déviants » pour ceux qui exhortent les autres à vivre les
«joies de la mixité sociale et ethnique» tout en s'en exemptant
eux- mêmes, écrit Michèle Tribalat ?
Comment le débat de fond pourrait-il
exister, puisque certains faits majeurs sont devenus inconnaissables
à force d'être volontairement méconnus ? Par exemple, on a propagé,
des années durant, l'idée selon laquelle la relative santé démographique
de la France était due à l'immigration. Mm Tribalat relativise
fortement cette idée et c'est aussi le cas du sociologue Gérard
Mermet, qui, dans Franco-scopie, encyclopédie annuelle qui dresse
l'état de la France sous tous ses aspects, affirme que le taux
de fécondité effectivement supérieur des femmes étrangères a
un faible impact sur la démographie du pays. Mme Tribalat rappelle,
en outre, qu'il est impossible, dans notre pays, d'appréhender
un certain nombre de phénomènes. Par exemple, ceux ayant trait
à la progression ou non des mariages mixtes, progression qui
est le grand argument de ceux qui, à l'instar d'Emmanuel Todd,
affirment que « l'intégration » est en train de réussir. Elle
donne des exemples précis et met en cause la Commission nationale
consultative des droits de l'homme (CNCDH) et plus particulièrement
les sondages que cet organisme fait réaliser chaque année et
qui, écrit-elle, « donnent une idée du climat idéologique dans
lequel s'élaborent les discours sur l'immigration. [... ] C'est,
par exemple, le cas lorsqu'on met en avant les mariages mixtes
qui seraient plus fréquents en France qu'ailleurs, alors qu'on
ne dispose d'aucun élément statistique abordant cette question
depuis 1992. Ce qui n'a pas empêché la reprise en boucle de
ces résultats depuis longtemps périmés ».
Alors
qu'on ne dispose d'aucune statistique depuis 1992,
on nous affirme qu'en France les mariages mixtes sont
très fréquents.
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Autre forme d'obscurantisme,
la prohibition qui pèse sur la question des statistiques- ethniques,
notamment concernant la délinquance, lesquelles sont admises
aux États- Unis, exception qui en dit long sur notre incapacité
à affronter les réalités. Pourquoi les jeunes d'origine asiatique
réussissent- ils mieux que d'autres à l'école, alors qu'ils
ne sont pas francophones au départ ?
Cela constitue un secret de polichinelle.
Pourquoi ces tabous quand on sait que le rôle des familles et
de l'environnement culturel est déterminant dans le cheminement
scolaire ?
Ce que l'on sait, parce que le phénomène est trop spectaculaire
pour être ignoré, c'est l'omniprésence de jeunes d'origine africaine
au sein de ces bandes violentes qui sévissent dans la région
parisienne. Elles seraient environ 2 000, selon les enquêtes
récentes. Néanmoins la réalité de ce phénomène est en partie
hypothéquée par le discours victimaire ambiant axé sur le thème
rebattu de « l'exclusion». 
Le journaliste Stephen Smith, ancien spécialiste de l'Afrique
à Libération en a bien défini les termes.
Dans Qu'est-ce que la France?, ouvrage supervisé par Alain Finkieikraut
en 2007, il s'exprimait ainsi : « II faut aussi comprendre que
dans le dialogue difficile et par fois la bagarre qui s'instaure
en France, les Noirs ne sont pas les victimes au sens sacrificiel.
Ils peuvent aussi être des candidats à la domination qui ont
échoué. Ce sont des personnes potentiellement détruites qui,
quel que soit l'historique de leur problème [...} réagissent
aujourd'hui de façon violente [...].
En cela, l'année 2005 nous a aidé à devenir plus réaliste: nous
avons découvert que des bandes de Noirs peuvent venir de banlieue
et tomber sur le râble de lycéens blancs qui manifestent dans
Paris. »
L'important est de reconnaître le principe de ressentiment à
l'oeuvre chez des victimes présumées qui se vengent de leurs
échecs par la violence.
Qu'on le veuille ou non, la question de l'identité de ce pays
en passe de devenir multiracial contre le gré de la majorité
de ses habitants ne pourra être indéfiniment esquivée.
PAR JEAN-MICHEL BALDASSARI
Crédit: Nouvelle Revue d'Histoire
1. Gérard Mermet, Francoscopie, Larousse, 2010.
2. Sous la direction d'Alain Finkieikraut, Qu'est-ce
que la France?, Stock, 2007.
• Michèle Tribalat, Michèle Tribalat, Les Yeux grands
fermés. L'immigration en France, Denoël. 2010.
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