logo




Juppé et Vallaud-Belkacem : tous aux abris !
Du courage de ne pas se présenter



logo




« Tout ministre battu aux législatives ne sera pas reconduit » a énoncé Jean-Marc Ayrault dans la continuité de la règle non écrite qui fut celle de son prédécesseur à Matignon, un certain François Fillon, disparu des écrans radars en début de semaine1. Cet axiome veut que l’élection d’un ministre nommé ait valeur d’investiture démocratique, a naguère coûté très cher à l’éphémère ministre d’Etat à l’environnement Alain Juppé. En 2007, à la surprise générale, le polytraumatisé de la droite avait été battu par Michèle Delaunay, récemment promue ministre déléguée chargée des personnes âgées et de la dépendance.

Depuis, Juppé a beau avoir été réélu maire de Bordeaux en 2008, le fort ancrage à gauche de sa circonscription bordelaise, où François Hollande a réuni 57,18 % des voix le 6 mai, ne s’est pas démenti.
Courageux mais pas téméraire, l’ancien locataire du quai d’Orsay préfère aujourd’hui éviter cette bataille perdue d’avance pour briguer la présidence de l’UMP en gardant son capital politique intact.
Messieurs Copé et Fillon sont prévenus : l’ancien premier ministre de Jacques Chirac n’entend pas signer pour une troisième traversée du désert.

A gauche aussi, la sentence de François Fillon remise au goût du jour par Jean-Marc Ayrault douche certaines velléités électives.
Ainsi de la porte-parole et benjamine du gouvernement Najat-Vallaud Belkacem, par ailleurs conseillère municipale lyonnaise, qui abandonne sa circonscription acquise à la droite.
Dans la « quatrième du Rhône », comme disent les esprits rompus à la mécanique électorale, le président sortant Sarkozy avait totalisé non moins que 53,88 % des suffrages, soit plus de cinq points au-dessus de sa moyenne nationale.
Dans ces conditions, on comprend que la ministre aux droits de femmes veuille se consacrer de toute urgence à sa tâche ministérielle, notamment pour concocter un projet de loi contre le harcèlement sexuel2 que les futurs députés mâles voteront avec toute la componction nécessaire.
Entre une tâche si impérieuse et la vague promesse d’un strapontin à l’Assemblée, le choix a été apparemment vite vu.

Juppé à l’UMP, Vallaut-Belkacem au PS :
deux stratégies de fuite parallèles, deux contextes locaux diamétralement différents nous prouvant que le courage n’attend ni le nombre des années, ni l’écusson partisan. Bref, que l’on soit un vieux briscard de la droite post-gaulliste ou une jeune pousse post-socialiste, la politique a ses raisons…

Je me trompe ou était-ce un ancien ministre de la Justice qui lança la formule : « de l’audace, de l’audace, et encore de l’audace » ?
O tempora, o mores !

* Droits photo : Ségolène Royal


1 Pour rendre à César ce qui est à César sans égarer le lecteur, précisons que cette règle est appelée “jusrisprudence Juppé” depuis 1995. ?
2 L’ancien texte ayant été abrogé par un Conseil Constitutionnel trop tatillon. Il paraît que définir le harcèlement par le harcèlement était juridiquement troup flou. Quels pinailleurs ces Sages ! ?


repris du Causeur



Sommaire des avis
acces aux pages précèdentes
Accueil