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La dhimmitude,
un statut d'infériorité


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Dès la première expansion conquérante de l'islam
les vainqueurs ont imposé aux vaincus, devenus des dhimis,
une domination s'exprimant dans le moindre détail.

La dhimma entérine la soumission de l'indigène non musulman à la loi islamique et correspond à un pacte de sauvegarde accordé par les vainqueurs et assurant aux vaincus la protection d'un cadre juridique et institutionnel fixant leurs droits et leurs devoirs, tout en procurant aux vainqueurs une supériorité politique et économique.
La protection ainsi reconnue est analogue à celle accordée par le Prophète en certaines circonstances et correspond ainsi à la volonté divine. L'appropriation de la terre par les musulmans renvoie aux versets coraniques révélés à Mohammed lors de sa victoire sur la tribu juive des Bani Nadhir. L'impôt foncier ou kharadj tire sa légitimité des accords conclus avec les agriculteurs juifs de Khaybar et du Wadi al-Qura.
Enfin, la capitation ou jizya est justifiée par le verset coranique appelant à faire la guerre «jusqu'à ce qu'ils paient le tribut et qu'ils soient soumis ».
Vaincus par les combattants du djihad, le non-musulman n'a aucun droit mais la dhimma lui en restitue certains sous diverses conditions.

LA TERRE APPARTIENT À ALLAH...


Les dhimmis se voient interdire la possession et le port d'armes, ce qui place les vaincus dans une situation d'insécurité et d'infériorité humiliante.
Ils sont également obligés d'assurer l'hébergement des troupes musulmanes, ou celui des simples particuliers, ce que précise un docteur malékite :
« La loi recommande au souverain de stipuler que les Infidèles devront pratiquer l'hospitalité à l'égard des voyageurs musulmans qui passeront par leur pays ».
La défaite implique parfois la déportation des vaincus pour des raisons stratégiques (empêcher que l'ennemi chrétien menaçant ne trouve d'éventuels auxiliaires comme ce fut le cas à Grenade en 1125) ou économiques (dans le but de repeupler des régions dévastées).


La dépossession territoriale des dhimmis est une simple restitution aux musulmans des biens qui, par le biais du Prophète, leur ont été accordés par Dieu car « la terre appartient à Allah et à son Envoyé».
La propriété du sol est donc assurée aux conquérants mais les vaincus peuvent en garde l'usufruit et en hériter.

La manifestation la plus évidente de la subordination des dhimmis réside dans les dispositions fiscales qui leur sont imposées.
Le kharadj, l'impôt foncier, est payé collectivement, par villages, en nature ou en espèces, et les paysans sont solidairement responsables devant le fisc.
Le paiement s'effectue en trois termes et il faut y ajouter réquisitions et corvées.
Les conditions du paiement de la capitation {jizya) sont également révélatrices de la situation des dhimmis.
Le cadi(1) Abu Yusuf nous dit que « l'Infidèle qui veut payer sa capitation doit être traité avec dédain.
Le receveur reste assis et l'Infidèle reste debout devant lui, la tête baissée et le dos courbé.
Le jour de la perception, on rassemblera les dhimmis dans un lieu public.
Ils s'y présenteront en se tenant debout à l'endroit le plus vil et le plus bas placé.
Les auxiliaires de la Loi se tiendront au-dessus d'eux en prenant une attitude menaçante, de sorte qu'il apparaisse à leurs yeux et aux yeux des autres que notre but est de les avilir en faisant semblant de leur prendre leurs biens.
Ils se rendront compte que nous leur faisons encore une grâce en acceptant d'eux la jizya et en les laissant aller ainsi.
Puis ils seront traînés un par un devant le percepteur.
En payant, le dhimmi recevra un soufflet et sera repoussé de telle façon qu'il estimera avoir échappé à Vépée grâce à cette avanie. »

Outre le kharadj et la jizya, les dhimmis se voient contraints de payer les taxes de commerce et de déplacement à un niveau deux fois supérieur à celui retenu pour les musulmans.
Dans les domaines juridique et judiciaire, le pouvoir musulman accepte de reconnaître la compétence des tribunaux religieux dhimmi pour régler les affaires de la communauté concernée, mais la loi islamique prévaut en cas de litige entre Musulmans et Infidèles.
Le témoignage d'un dhimmi est irrecevable devant un tribunal islamique et un dhimmi ne peut être appelé à témoigner contre un musulman.
Un Musulman ne peut être mis à mort pour le meurtre d'un Infidèle mais l'Infidèle l'est pour le meurtre d'un Musulman, même en cas de légitime défense.

LE DHIMMI NE PEUT ÉPOUSER UNE MUSULMANE


Pour les peines impliquant des compensations monétaires, le sang du dhimmi vaut deux fois moins que celui d'un musulman. Dans le droit chaféite « le juif et le chrétien valent le tiers d'un musulman, le zoroastrien et Vidolâtre un quinzième».
L'accusation de blasphème lancée contre un dhimmi peut lui valoir la peine de mort. Il lui est interdit de posséder des livres religieux musulmans, d'avoir des serviteurs musulmans et le mariage ou l'union d'un dhimmi et d'une musulmane sont également punis de mort.
Des pratiques que ne modifieront guère les réformes officiellement introduites au xixe siècle dans l'Empire ottoman sous la pression des États européens.

Pour les «protégés» des vainqueurs musulmans, la construction de nouveaux sanctuaires est impossible et la réparation ou l'entretien de ceux antérieurs à la conquête se heurtent à de nombreux obstacles. L'exercice du culte fait l'objet d'une réglementation précise. Silence et humilité sont imposés.
Les cloches, les bannières, les processions sont interdites.
Les enterrements doivent être discrets et sans lamentations. La profanation et l'arasement des cimetières chrétiens ou juifs sont pratique courante.
Les discriminations vestimentaires font partie de l'arsenal de mesures et de pratiques visant à distinguer radicalement les Croyants des Infidèles.
Les dhimmis doivent porter des vêtements d'une couleur spécifique, faits d'étoffes grossières.
Ceintures, chapeaux et turbans sont également l'objet dispositions particulières.

Chevaux et chameaux, considérés comme des animaux nobles sont interdits aux dhimmis qui, privés de selle et d'étriers, doivent utiliser des ânes.
Le dhimmi doit descendre de sa monture quand il croise un musulman ou passe devant une mosquée.
Il doit éviter la proximité des cimetières musulmans ; dans la rue, il doit marcher vite et garder les yeux baissés et toujours se placer à gauche, côté impur, du musulman rencontré.
Il existait ainsi toute une gestuelle précisément ritualisée qui commandait les relations entre Musulmans et Infidèles.
Il est interdit au dhimmi de posséder une maison plus haute que celles de ses voisins musulmans et elle doit revêtir une humble apparence.
Les dhimmis doivent avoir l'autorisation des musulmans pour leur adresser la parole, baisser le regard devant eux et leur laisser le passage quand ils les croisent.
Il leur est interdit de se défendre et tout dhimmi levant la main sur un musulman doit avoir le poing coupé.
Toute critique du Coran et de la charia annule le pacte de dhimmitude, à quoi s'ajoute la responsabilité collective des communautés concernées.

Le dhimmi est donc amené à intégrer, dans la représentation de son statut, l'illégalité de son existence et la valorisation d'une loi islamique qui lui accorde la vie sauve.
Il est ainsi conduit à s'installer dans un espace de mensonge mythique, le seul où sa parole puisse être acceptée, et se voit contraint à l'adoption d'une attitude générale de servilité.

1-Cadi:Juge musulman remplissant des civiles, judiciaires et religieuses





Source :Philippe Conrad

de la nouvelle revue d'histoire
Hors-serie n°12 -printemps 2016



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