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De GOURAYA,
Un Algérien écrit: le crime de trop
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Gouraya était, autrefois, un magnifique village colonial qui avait la tête dans les nuages des monts Dahra et les pieds dans les vagues de la Grande Bleue. Si agréable que le gouverneur général d'Algérie y possédait : " Le Bois Sacré", sa résidence d'été. Situé à environ 120 km à l'Ouest d'Alger. Parmi les habitants du village, tout au plus, une dizaine de braves vignerons d'origine européenne qui ont su mettre en valeur des terres vierges, qui, avant leur arri- vée, n'avaient été foulées que par les sabots de la faune sauvage ou par quelques audacieux bergers/cueilleurs autoch- tones. Après le départ précipité de ces vignerons, leurs vignes seront inopportunément arrachées et leurs terres livrées à l'érosion, à la désertification, à la désolation. Au 14ème siècle, Ibn Khaldoun avait constaté : "... Là où passent les Arabes le désert les talonne ".
À peine une décennie après le départ de la colonisation, certains domaines de la Mitidja, le fameux haouch de Borgeaud, les fleurons de la colonisation, ressemblent à une surface lunaire.

Parmi les Algériens d'origine européenne habitant Gouraya, il y avait le boulanger Perriagaud, la crème des hommes et l'intègre et laborieux artisan peintre, le décorateur du village. Blanche Guilhem. L'image de ce dernier restera à jamais gravée dans ma mémoire. Il est grand, mince, il travaille seul, il transporte ses pots de peinture et ses outils sur ses maigres épaules. Il est propriétaire de l'une des plus modestes maisons du village, marié mais sans enfant, à son épouse blonde et assez corpulente. Il n'a pas de fréquentations connues avec d'autres colons de Gouraya ou d'ailleurs. Tout comme les autochtones, il vit modestement. Il déclare, à qui veut l'entendre, que son seul et unique pays c'est l'Algérie et sa seule et unique source de revenus réside dans ses muscles et la sueur de son front. " Française ou algérienne, clame-t-il, l'Algérie restera son pays ".

Les colons de Gouraya, bien qu'ils n'avaient commis aucun crime, ils ont déguerpi dès le 3 juillet 1962, dès la proclamation de l'indépendance de l'Algérie. Seuls le Boulanger Perriagaud et le peintre Blanche Guilhem sont décidés à rester à Gouraya pour partager les joies et les peines de leurs compatriotes autochtones. Suite au viol de sa fille unique, le boulanger quitte l'Algérie. Malgré des menaces réelles et immédiates qui pèsent sur lui, le peintre et son épouse décident d'y rester.

Suite à l'évacuation du " Bois Sacré " par l'armée française, la base est immédiatement investie par des forces : " locales ", (soldats indigènes du contingent) en débandade, abandonnés, avec armes et paquetage par leur hiérarchie. Leur chef, un certain : " Arbouze ", peut-être tire-t-il son nom de " Barbouze ", toujours est-il qu'il est cruel, sanguinaire et hautement cupide. Analphabète et illettré, il ne sait ni conduire une voiture ni monter à vélo. Sans résistance, il s'autoproclame : " commandant de l'ALN ". Il a sous ses ordres une section déjeunes soldats autochtones, en voie de démobilisation. Fort de son escouade de ralliés de la 25ème heure, le nouveau seigneur du village, va d'abord se livrer au pillage systématique du magnifique patrimoine (expression de Ferhat Abbas), mobilier et immobilier, abandonnés, à la hâte, par leurs propriétaires. Il va frustrer les ayant droit pour redistribuer, moyennant finances et/ou relations immorales. Pour un débauché, un violeur de chèvres, qui devient amant de filles de notables, n'est-ce pas révolutionnaire ?

Comme Gouraya n'est pas très riche et les appétits du nouveau maître absolu insatiables, il va se livrer à des prises d'otages d'innocents suivies de demandes de rançons. Les authentiques et notoires criminels du villages, notamment les membres d'un commando composé d'anciens maquisards, seront, dans un premier temps, protégés à Gouraya et par suite dirigés, sous bonne escorte, vers Alger où ils embarqueront vers la France. Quant au menu fretin, aux Harkis par exemple, ils sont enlevés, ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas payer la rançon, seront liquidés par strangulation, à l'aide de leur ceinture, leur corps abandonnés, en plein air, sur une plage ou un vallon, mitoyens, situés à l'ouest du Bois Sacré.

Le crime de trop. Vers le 15 juillet 1962, sous prétexte de lui confier des travaux de peinture dans une caserne située à Mhaba, dans l'arrière-pays de Gouraya, " 'Arbouze " embarque à bord de sa voiture Blanche Guilhem pour lui faire visiter un chantier. En cours de route, il est liquidé et son corps abandonné dans un bois. Le même jour, vers 11 heures du matin, deux voitures s'arrêtent bruyamment devant le domicile des Guilhem. La première, une Peugeot 304 de couleur crème, appartient à 'Arbouze qui est accompagné de son chauffeur et d'un 3ème larron. La 2ème est chargée d'une famille nombreuse. Madame Guilhem est invitée à suivre Arbouze. Ne voyant pas son époux, la maîtresse de maison se met à crier de toutes ses forces. Elle est empoignée par les 3 agresseurs qui l'embarquent dans leur voiture qui démarre sur les chapeaux de roues. Tandis que la famille qui se trouve dans la seconde voiture débarque et investit la modeste maison du peintre. À noter que cette famille n'a aucun lien de parenté avec 'Arbouze qui a tué 2 personnes pour vendre cette maison à vil prix ou pour assouvir ses instincts sexuels. J'ai consulté un ouvrage consacré aux disparus de la guerre d'Algérie, seul Monsieur Blanche Guilhem est porté disparu. Plusieurs témoins oculaires, concordants, déclarent avoir assisté à la mise à mort de Madame Guilhem en précisant qu'ils ont jeté son corps dans un puits. Je dénonce ce type de crimes, d'une part parce que les victimes sont innocentes et, d'autre part, parce qu'ils sont de nature à porter malheur aux Algériens.



crédit: Nour H.
repris de Pieds Noirs d'hier et d'aujourd'hui n°175 07/08 2009

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