UNE DEFERLANTE D'INTERROGATIONS UNE DE PLUS
Jean-Claude PEREZ, vous soutenez avec insistance, que le début réel de la guerre d'Algérie ne se situe pas au 1er novembre 1954, lors de ff La Toussaint Rouge 11, mais bien avant. Pourquoi ?
Vous déclarez être responsable d'un enseignement sur la guerre d'Algérie. Comment justifiez-vous une telle prétention ?
Avez-vous le sentiment d'être un vaincu ?
Le 8 mai 1945, représente, d'après vous, la date du début militaire de la guerre d'Algérie. Pouvez-vous être plus précis ?
Pour vous, l'abandon de l'Algérie française se situe à l'origine de la REVOLUTION MONDIALE ISLAMISTE ACTUELLE. Celle-ci s'attaque non seulement à l'Europe mais aussi à la totalité de l'Occident. En deux mots, pourriez-vous enrichir ce
point de vue ?
Mon commentaire : encore une déferlante d'interrogations ! Et par dessus le marché, on me demande de répondre en deux mots !
PREMIERE QUESTION : Le début réel de la guerre d'Algérie.
La Toussaint Rouge ne s'identifie évidemment pas au début historique de la guerre d'Algérie.
Depuis 1920, la Illème République ne s'est jamais opposée, en effet, à la mise en place du dispositif opérationnel qui sera expérimenté plus tard, comme moyen de guerre contre la France.
I - Tout remonte au 4 février 1919. 11 semaines à peine après l'armistice du 11 novembre 1918, le Journal Officiel publie les décrets d'application d'une loi. Cette dernière se propose de réactiver le
Senatus-Consulte de Napoléon III, promulgué le 14 juillet 1865.
Ce Senatus-Consulte établissait la possibilité d'une accession des musulmans d'Algérie à la citoyenneté française, sous la condition de renoncer à leur statut personnel. C'est-à-dire de se soumettre au Code Napoléon, comme tous les autres citoyens français. C'était bien sûr ce qu'il fallait obtenir : la citoyenneté accompagnée de la sécularisation des musulmans d'Algérie dans le vécu quotidien de leur foi.
Mais on a choisi intentionnellement, pour l'entrée en vigueur de cette loi du 4 février 1919, un moment dramatiquement inopportun.
En effet, 11 semaines à peine après l'armistice, dès la fin de la première grande boucherie européenne, qui pouvait être préoccupé en France et en Algérie, du statut des musulmans ?
La manœuvre, en réalité, était secrètement motivée par la volonté de provoquer la naissance d'un dispositif de riposte.
Celui-ci allait s'identifier à l'appareil de guerre capable d'exercer sa pugnacité contre la France en Algérie...., le moment venu.
II - Effectivement, dès 1920, une association légale est autorisée à s'installer en Algérie : les Cénacles d'Etudes dont le but est d'imperméabiliser la communauté musulmane d'Algérie aux effets théoriquement redoutés de cette loi de 1919.
Le président fondateur de cette association est un négociant berbère, Omar Smaïl qui dispose de grands moyens.
II va réunir une élite parmi les Oulémas berbères. Ceux-ci, à partir de cette année là, vont prendre la décision de s'exprimer désormais et exclusivement, en langue arabe littérale.
Instaurer par ce biais, la nouvelle arabité de l'Algérie.
III - En 1925, Omar Smaïl va plus loin. Il fonde le Cercle du Progrès, le Nadi at Taraqqi.
Il exhibe alors le statut personnel des musulmans d'Algérie comme une place forte idéologique, une forteresse spirituelle, sur laquelle la France finira par se casser les dents.
IV - En 1930, Omar Smaïl et ses Oulémas subissent, contraints et forcés, les effets négatifs pour eux, des manifestations musulmanes francophiles célébrant le centenaire du débarquement français à Sidi Ferruch, le 14 juin 1930.
Smaïl réagit contre l'enthousiasme français des musulmans d'Algérie.
Le 5 mai 1931, il fonde l'Association des Oulémas. Le 7 mai, Abdel Hamid ben Baddis, de Constantine, est nommé président de cette association.
El Bachir el Ibrahimi, des Hauts Plateaux Sétifiens (il est né à Tocqueville Ras el Oued aujourd'hui) est nommé vice-président.
Rien ne pourra se faire désormais, dans le monde de l'anti-France, sans le blanc seing, sans l'aval, sans un imprimatur verbal de cette association des Oulémas.
Mais cette association n'est pas encore intronisée dans le dispositif révolutionnaire que l'on met en place pour combattre la France.
V - C'est au Général De Gaulle que doit être attribué le grand mérite de cette intronisation qui fut mortelle pour l'Algérie française et qui, secondairement et actuellement, est dangereuse pour la France, l'Europe et l'Occident.
Au mois d'août 1943, en tant que Président du Comité Français de Libération Nationale, siégeant à Alger, il donne son agrément à l'acceptation des statuts du nouveau parti de Ferhat Abbas (le général Giraud les avait rejetés quelques mois plus tôt).
Ce nouveau parti, l'AML (l'Association du Manifeste de la Liberté) regroupe quatre formations politiques ennemies de la France :
1. le Parti Communiste Algérien (PCA) d'Amar Ouezeguéne,
2. le Parti du Peuple Algérien (PPA) de Messali Hadj,
3. le Premier Parti de Ferhat Abbas, le Manifeste Algérien de la Liberté,
4. enfin, l'association des Oulémas : tête pensante, islamiste fondamentaliste, moteur spirituel de la révolution algérienne dirigée depuis la mort de Ben Baddis en avril 1940, par l'homme des Hauts Plateaux Sétifiens, El Bachir el Ibrahimi.
VI - En 1945, le 8 mai, se déclenchent les émeutes de Sétif, des Hauts Plateaux Sétifiens et de Guelma, c'est-à-dire dans la zone d'influence maximale du Président en fonction, de l'association des Oulémas à cette date.
La première victime est une petite fille française de Sétif, de confession juive : elle s'appelait Nakache.
Après la répression des émeutes, ces mouvements sont dissous
par les autorités françaises.
Mais survient l'amnistie de 1946, lors de la promulgation de la Constitution de la IVème République.
Ces mêmes mouvements réapparaissent alors, sous d'autres sigles, dès le début du fonctionnement de la IVème République (Janvier 1947) :
1. l'UDMA de Ferhat Abbas (L'Union Démocratique du Manifeste Algérien) prend la suite de l'AML.
2. Le MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) de Messali Hadj prend la suite du PPA. C'est à partir du MTLD que va naître l'OS (Organisation Secrète) qui va se transformer en CRUA (Comité Révolutionnaire pour l'Union et l'Action) au mois de mars 1954, puis en FLN (Front de Libération National) le 23 octobre 1954.
Donc l'appareil de guerre ennemi s'est développé, structuré et finalement implanté en Algérie, avec le consentement passif de la Illème et de la IVème République. La Vème République s'attribuera le rôle historique de lui livrer sur un plateau, les moyens de sa victoire.
De Gaulle en 1943 avait déjà donné naissance à une organisation officielle de l'anti-France.
A partir des Oulémas, du MTLD et surtout de l'OS, va naître le FLN le 23 octobre 1954.
Plus tard, avec le concours de Ferhat Abbas et de Farès va naître le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne), le 18 septembre 1958. 10 jours avant le référendum maudit du 28 septembre 1958.
Jean-Claude Perez
crédit: Pieds noirs d'hier & d'aujourd'hui N° 183 mars 2010
NB:
En abondant le texte historique du Dr Jean-Claude Perez, nous nous permettons de remonter plus loin...
Lors de la décision de conquerir la Berbèrie, il avait été décidé suivant les désirs de Charles X et des autorités catholiques de réevangéliser les berbères, partant de l'idée que la région avait été chrétienne jusqu'au VIII sciècle, aussi à cet effet, l'armée française était pourvue de 3000 aumoniers-missionnaires.
Mais dès 1848, les francs-maçons, et les Saint-Simoniens proches du gouvernement de Louis Philippe imposérent leurs idées: 1/ de réduire le nombre des aumoniers catholiques au sein de l'Armée, un corps d' officiers pour les affaires indègnes fut créé, s'appuyant sur les grands chefs tribaux, ces officiers sur ordres superieurs, favorisèrent l'enseignenement de l'Arabe au détriment du Berbère, la France construisit des mosquées dans pas mal de villes & villages, favorisant la création d'écoles coraniques en nombres conséquants, par la même l'Islam s'imposa davantage...
2/Dans le même temps, il a été interdit aux religions chrétiennes d'évangéliser les populations indigènes; d'ailleurs, il ne faut pas oublier les interdits qu'a subi le Cardinal Lavigerie, lors de l'implantation de ses orphelinats en Kabylie, à la suite des grandes épidémies qui s'abattirent sur toute la région et au delà..(1860-1880)
D'autre part, s'est-on demandé la signification du tatouage d'une croix sur le front de beaucoup d'indigènes du monde rural, durant la présence Française en Algérie ?
D'après d'autres érudits qui s'étaient penchés sur la chose, "ce tatouage serait le signe d'appartenance à un groupe dont l'ascendance aurait été Chrétienne...." Depuis 1848, Les gouvernements français n'ont fait prendre que des ordonnances, et voter des lois appliquables en Algérie, qui n'ont fait que préparer l'avènement de l'Algérie anti-Française....
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