Le 3 juin 1957, explosion d'une
bombe posée par le FLN au casino
de la Corniche : 8 morts, 92 blessés.
Yacef vivait dans un état second. La
population musulmane avait diversement apprécié les attentats des
lampadaires. Drôle de façon de la
venger des militaires en tuant des
enfants et des frères qui rentraient de
leur travail.
Yacef décida de mieux doser, de
mieux choisir le lieu des attentats.
Car maintenant, il fallait continuer, à
tout prix. Pour aller où ?
Yacef l'ignorait. Sans ordre du
C.C.E.,, il essayait maintenant d'attirer coûte que coûte à Alger les unités
qui mettaient en grave danger les
commandos de la wilaya IV. Tant pis
pour la casse.
Au Casino de la Corniche, situé sur
un éperon rocheux entre Saint-
Eugène et Pointe-Pescade, dans la
proche banlieue d'Alger, un gamin
de dix-sept ans, plongeur dans l'établissement, posait un paquet sous
l'estrade qu'occuperait quelques heures plus tard l'orchestre de l'enfant
chéri de Bab-el-Oued : Lucky
Starway.
Le Casino de la Corniche était le
nouvel objectif de Yacef. Là, pas
d'enfants. Seulement des jeunes
gens, beaucoup de militaires,
d'inspecteurs de police, de joueurs.
Et pas de musulmans. Ils étaient
refoulés à l'entrée. C'est pourquoi
Yacef avait eu besoin de la complicité d'un employé du Casino. Il ne
l'obtint qu'en promettant au jeune
homme de le faire évacuer au
maquis avant l'explosion de la
bombe.
L'engin explosa à 18 h 55-, fauchant
des dizaines de couples qui dansaient tendrement. L'estrade fut littéralement soulevée par l'explosion.
Le piano réduit en miettes. Lucien
Scror, dit Lucky Starway, était mort
sur le coup, éventré. Sa chanteuse
eut les pieds arrachés, le danseur
Paul Pérez, les jambes sectionnées.
Lorsque la fumée et la poussière des
gravats furent retombées, plus de
cent personnes gisaient dans les
décombres, perdant leur sang. Le
silence qui succéda à l'explosion fut
bientôt déchiré par les hurlements
des blessés. La bombe ayant explosé
au ras du sol la plupart des victimes
étaient atteintes aux membres inférieurs. Huit morts. Quatre-vingt-un
blessés dont dix furent amputés !
Les douze blocs opératoires de l'hôpital de Mustapha fonctionnèrent
toute la nuit. Alger était, à nouveau,
atteint de folie sanguinaire. Le cycle
répression-attentat avait repris avec
une intensité que jamais la capitale
n'avait connue. Et le mardi, aux obsèques des victimes, ce fut l'émeute.
Comme à l'enterrement de Froger.
Les ratonnades. Les magasins sacca-
gés. Les C.R.S. qui tentent de contenir la foule en furie. Les grenades
lacrymogènes... Le couvre-feu fut
établi à 21 heures.
L'exaspération était à son comble.
Chez les Européens, chez les musulmans, on veillait des corps. Le fossé
venait de s'élargir et de se creuser un
peu plus. Ce n'était plus un fossé,
mais un ravin ! Les débris laissés par
l'émeute étaient tout juste balayés, la
fumée des gaz lacrymogènes était à
peine chassée par l'air printanier que
Bigeard et ses hommes du 3.éme R.P.C.
revinrent dans le merdier.
Crédit: Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°185 - Mai - 2010 |