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«Le
devoir de mémoire» est un rituel commémoratif, qui fait
porter aux générations présentes «le fardeau de l'histoire»,
le général De Gaulle a été très discret pour ne pas dire
plus sur ces événements dans ces mémoires, nous savons
pourtant tous que «l'histoire proche» est toujours une
«histoire légendaire». Un crime a été commis ce jour là.
Les assassins n 'ont pas été punis et les victimes n 'ont
pas été reconnues comme telles. Le massacre de Français
sur une terre française n'intéresse personne et les livres
d'histoire sont quasiment muets sur le sujet.
Alors que le cessez le feu a été signé l'armée française
tire sur ordre du pouvoir sur une population désarmée
qui veut voir aboutir son désir de rester sur une terre
qui est la sienne, au même titre qu'elle appartient aux
fellagha du F.L.N. Ce qui rend cette journée atroce, c'est
que des Français ont été assassinés par traîtrise sur
ordre du gouvernement français sur une population innocente,
dont le seul crime était, nous le répéterons jamais assez,
de vouloir rester FRANÇAISE sur une terre française. Une
centaine de morts, plus de 200 blessés, des rescapés de
ce génocide traumatisés à vie, des familles anéanties
à jamais, des Français ont été assassinés par traîtrise
: par des balles françaises, des rafales tirées dans le
dos des manifestants par des tirailleurs algériens commandés
par le lieutenant Ouchène, devenu après son rapatriement
Duchène, mort depuis et qui ne s'est jamais remis psychologiquement
de ce drame, il a gardé tout le temps les stigmates de
cette cet après midi tragique, de cette fusillade. Pire,
les blessés ont été achevés à bout portant, alors qu'ils
étaient à terre, sans défense. Pourtant ce drame aurait
pu être évité, le général Ailleret, commandant en chef
à l'époque de ce qu'il restait de l'armée française en
Algérie avait quelques jours auparavant lors d'une inspection
du 4° régiment de tirailleurs cantonné à Berrouaghia pu
constater l'extrême jeunesse des gens désignés pour le
maintien de l'ordre à Alger, le 26 mars, il s'en était
ouvert au colonel Goubard commandant le régiment en lui
demandant s'il ne pensait que son régiment pourrait être
employé de la sorte.
Le colonel répondit « que si de jeunes tirailleurs, ayant
en moyenne vingt ans d'âge et dix huit mois de service,
peuvent faire de bons combattants dans le djebel, ils
n'ont pas ma maturité nécessaire au maintien de l'ordre
dans une ville comme Alger, ils n'ont ni l'expérience
ni la maturité requise ». Le général Ailleret, convaincu,
avait dès son retour à Alger donné les directives nécessaires.
Mais les ordres sont descendues tellement lentement dans
la cascade de l'état-major ,que le drame , la tragédie
n'a pas pu être évitée Ceci dit ce qui nous frappe, nous
qui possédons pratiquement tous les ouvrages publiés sur
les événements d'Algérie, c'est le peu de place que tient
ce drame dans la relation du conflit algérien, au mieux,
trois quart de page par Droz et Lever dans « Histoire
de la guerre d'Algérie », livre de référence, pour les
autres historiens, le silence s'est imposé de lui-même,
quelques lignes de ci de là, lignes extraites des reportages
des journaux.
Il faut reconnaître que l'omerta collective la plus réussie
à ce jour est à mettre à l'actif du pouvoir gaulliste
et des ses barbouzes Ce n'est pas tous les jours que l'armée
tire sur la foule et fait plus de 100 morts et 200 blessés,
et on n'en parle plus, alors que pour les morts du métro
Charonne on en en un plat et l'on commémore tous les ans
les incidents. Les huit morts de Paris pèsent ils plus
que la centaine d'Alger ?
Existe-il une balance pour peser la peine et justifier
des morts ?
Le gouvernement français avait signé le 18 mars au soir
à Evian l'abandon de l'Algérie. A PARIS, la trahison s'installe
et trouve son expression ignoble chez celui-là même qui
avait été porté au pouvoir par les Français d'Algérie
: DE GAULLE.
Trahissant sans vergogne son engagement, il négocie avec
les représentants du F.L.N. Il trahit donc la France,
la république puisqu'elle est une, indivisible, et que
l'Algérie est formée de départements. Il trahit son armée.
Victorieuse sur le terrain, elle se voit refuser cette
victoire. Il trahit les Français d'Algérie, à qui il avait
promis L'ALGERIE FRANÇAISE.
Une signature au bas de ce chiffon nommé les accords d'EVIAN,
et il fallut abandonner le fruit du travail de nos aînés
: 132 années de labeur acharné. Des marécages ont été
asséchés, ces terres ont été ensuite cultivées, des hôpitaux,
des routes, des voies ferrées, des barrages hydrauliques,
des ponts, des écoles, une université ont été construits.
Et aujourd'hui, il faut tout laisser. Les accords d'Evian
donnent l'Algérie à des gens qui non aucun droit historique
sur ce pays et n'offrent que d'illusoires garanties. Celles-
ci seront balayées dès que le gouvernement algérien sera
au pouvoir.
En fait, il ne faudra même pas attendre l'indépendance
de l'Algérie pour que les engagements signés ne soient
pas respectés et par le FLN et par le gouvernement Français.
Désespérés, les Français d'Algérie vont refuser d'admettre
l'horrible situation. Ils veulent encore croire qu'une
solution est possible. Ils ont confiance en une partie
de l'armée restée fidèle à la parole donnée.
Le quartier de BAB EL OUED est interdit aux forces de
l'ordre. Malheureusement des coups de feu vont être échangés.
Aussitôt, l'armée et la gendarmerie encerclent ce quartier,
y pénètrent à grands renforts de blindés, écrasent les
voitures, éventrent les devantures des magasins. Les troupes
tirent sur les balcons, dans les rues, sur les façades,
des maisons.
Une petite fille à l'intérieur de son appartement trouve
ainsi la mort. L'aviation mitraille les toits, les perquisitions
se succèdent, les appartements sont saccagés. On ne sait
pas combien il y a de morts. Les blessés, les malades
ne sont pas soignés. Les morts ne sont pas enterrés. IL
n'y a plus de ravitaillement.... BAB EL OUED est transformé
en véritable ghetto. Alors, dans un immense esprit de
solidarité le reste de la population va apporter son soutien,
quelques vivres et un peu d'amitié à ce quartier martyr.
Une manifestation pacifique est organisée. Le 26 mars,
c'est en toute confiance que les ALGEROIS, drapeaux tricolores
en tête, marchent vers BAB EL OUED.
Ils n'y arriveront jamais. Ils trouveront la mort en chemin
; II y a bien quelques barrages, mais qui s'écartent devant
la foule. Rien n'est fait pour dissuader les manifestants
de continuer leur marche. Le piège est bien organisé.
Tout est bien prémédité.
Pour un rassemblement pacifique, les autorités ont prévu
qu'elles auront besoin de leur équipement de combat, de
leurs casques lourds et de leurs fusils- mitrailleurs.
Soudain, une longue rafale, suivie d'autres.
Des militaires, conditionnés pour tuer du FRANÇAIS sont
là. Bien sûr, il ne s'agit pas de l'armée qui avait choisi
l'honneur, qui s'était battue pour garder l'ALGERIE FRANÇAISE.
Non, ce sont les autres, qui obéissent aveuglément à ceux
qui ont décidé de nous faire comprendre par la manière
forte que nous n'étions plus chez nous. L'armée va tirer
sans sommation, ce 26 mars 1962, pendant 12 minutes. La
version officielle dira qu'il y a eut un tir venant d'une
terrasse vers l'armée. Curieusement, au lieu de riposter
vers le tireur embusqué sur le toit, l'armée va tirer
sur les manifestants. Beaucoup se sont jetés à terre pour
se protéger, d'autres se réfugient dans les immeubles
mais rien n'arrête ces forcenés. Ils tirent dans le dos
des manifestants qui fuient, qui se sont couchés sur le
sol. Ils achèvent des blessés, vont jusque dans les immeubles,
montant dans les étages pour terminer leur sinistre besogne.
Peu importe que ces pauvres gens aient un drapeau bleu,
blanc rouge. On tire sur les drapeaux. On tire à l'arme
automatique sur tout ce qui bouge. Des pompiers sont blessés.
Un médecin est assassiné alors qu'il fait son devoir,
celui de porter secours.
Pendant un cours instant, un petit lieutenant Ouchène
incapable de se faire obéir par ses hommes n'a même pas
la force de crier « halte au feu » c'est un civil un manifestant
qui le fait pour lui !
Quelques secondes d'espoir, puis les tirs recommencent.
Couchés sur la chaussée, certains blottis les uns contre
les autres, les algérois attendent que cette folie meurtrière
s'achève. Rue d'Isly, 14h50- 15h02, l'irréparable vient
d'être commis.
Dans d'autres points d'Alger, les gendarmes mobiles tirent
aussi. Dès 18 heures, on compte 46 morts du côté des manifestants,
plus de 200 blessés. Beaucoup ne purent survivre à leurs
terribles blessures.
Crédit:
le clin d'oeïl de Mars 2008
Mise en page
19 mars 2008
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