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Edmond
Michelet
et les historiens
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EDMOND MICHELET ET LE FLN
" Leur position exige beaucoup de courage et même parfois,
osons le mot : d'héroïsme.
 Ce ne sont pas les préposés à certains interrogatoires qui me démentiront
sur ce point. Que ces Français et ces Françaises, parmi lesquels les
jeunes dominent, aient été quelquefois imprudents dans leur comportement,
je veux bien le concéder. J'accorderai même qu'ils ont pu, parfois,
manquer de discernement. Mais quoi ? Quel est le critère exact, précis,
infaillible qui permet de juger, de " discerner " - surtout à des
jeunes - dans l'effroyable désordre des esprits consécutif à l'invraisemblable
confusion des vocabulaires ? Ce sont ceux qui se disent nos gouvernants,
ne le perdons tout de même pas de vue qui, sur ce point, ont donné
le plus étonnant spectacle de désordre, d'anarchie, de perversion.
.. "
" Ces lignes, qui excusent le soutien accordé par des Français au
F.L.N.sur le sol algérien, ont été publiées par Témoignage Chrétien
le 19 juillet 1957. Leur auteur n'était pas encore ministre. Son nom:
Edmond Michelet. "
Hervé Hamon - Patrick Rotman :
" Les porteurs de valises"
" Le remaniement du cabinet Debré. le 24 août, n'a plus le même caractère.
C'est le septième depuis janvier 1959 : l'instabilité ministérielle
dément ainsi l'affirmation constamment renouvelée du principe de la
stabilité gouvernementale. Les trois ministres qui sont relevés et
remplacés - outre plusieurs modifications de la liste des secrétaires
d'État - se trouvaient depuis un certain temps déjà en conflit ou
au moins en état d'incompatibilité avec M. Michel Debré. Ainsi M.
Edmond Michelet "était-il littéralement harcelé de notes et accablé
de reproches par le Premier Ministre qui jugeait le garde des Sceaux
beaucoup trop libéral dans les facilités réglementaires accordées
aux membres du FLN emprisonnés, à commencer par les dirigeants rebelles,
beaucoup trop mou avec les magistrats chargés de juger les insurgés
des deux camps, beaucoup trop aventureux dans ses contacts indirects
avec l'état-major nationaliste algérien. "
Pierre Viansson-Ponté.
" Histoire de la République gaullienne"
" Plus profondément, le garde des Sceaux est, depuis longtemps, partisan
de la négociation avec le FLN. À différents moments, il s'est entouré
d'hommes entretenant des relations dans les milieux nationalistes
algériens. Gaston Gosselin est l'un d'eux. Il connaît Ferhat Abbas,
longtemps président du GPRA. Il connaît aussi Abderahmane Farès, l'ancien
président de l'Assemblée algérienne. Pendant longtemps, ils ont été,
l'un et l'autre, partisans de l'autonomie de l'Algérie. Les échos
de toutes les tentatives de réforme les ont conduits à rallier le
FLN
Le Premier ministre entrave l'action de Gaston Gasselin. Au mois de
mars 1960, sous les attaques répétées, Edmond Michelet doit finalement
céder sous la pression de Michel Debré et se séparer de lui. Joseph
Rovan remet alors sa démission. " Si vous acceptez que le Premier
ministre décide des membres de votre cabinet. dit-il à Edmond Michelet,
vous serez le prochain. "
S'étant séparé de ses deux amis, avec lesquels néanmoins, il reste
fié, Edmond Michelet fait alors appel à Hervé Bourges. Journaliste
à Témoignage chrétien dont il est devenu rédacteur en chef, Hervé
Bourges a fait son service militaire en Algérie et a été profondément
bouleversé par l'usage de la torture. Dans l'esprit dugarde des Sceaux,
il s'agit de montrer au Premier Ministre qu'il ne capitule pas .
Il arrive que Michel Debré s'exclame: "Le FLN est au coeur de la France
au Conseil des Ministres, il y a le FLN ! " De telles déclarations
visent Edmond Michelet et ses proches. Même évincé, Gaston Gosselin
demeure l'objet d'attaques. En juin 1961, le bulletin édité par l'Union
Africaine de presse, dont il est rédacteur en chef est interdit. Son
domicile est perquisitionné et il est lui-même arrêté. Les policiers
recherchaient des documents.
Jean-Luc Einaudi :
" La bataille de Paris -17. octobre 1961"
Le 2 octobre 1961 " II (Maurice Papon, préfet de police de Paris)
laisse entendre qu'il est satisfait du départ ^d'Edmond Michelet et
déclare qu'il espère obtenir du nouveau garde des Sceaux ce qu'il
n'a pu obtenir du précédent. " J'ai fait le maximum et je ne peux
faire mieux que ce que j'ai fait. Je continuerai à demander tous les
moyens nécessaires pour faire face au terrorisme " affirme-t-il. "
Jean-Luc Einaudi :
" La bataille de Paris -17 octobre 1961"
" Charles-Henri Favrod, Journaliste connu, a publié chez Pion un livre
fort bien documenté sur la Révolution algérienne( 1959) . Très introduit
auprès des responsables, il vient de rencontrer Ferhat Abbas à Mohammedia,
au Maroc. Comme il a également des bons contacts à Paris, plus, semble-t-il,
dans l'entourage du garde des Sceaux, Edmond Michelet, que dans celui
du Premier Ministre, il est chargé d'organiser une rencontre secrète
avec le FLN. Ce sera celle 2 février entre Claude Chayet et Saâd Dahiab.
"
Redha Malek :
"L 'Algérie à Evian"
" Dès le début de l'insurrection algérienne, il (Robert Barrât) se
porte aux avant-postes qu'il ne quittera plus, malgré de sensibles
réflexions . Février 1955 : nette prise de position pour la négociation
avec les insurgés, au CCIF : septembre 1955 : premier reportage dans
les maquis, pour France Observateur ; janvier 1956 : liaison avec
Mandouze, entre nationalistes et chefs du Front Républicain ; novembre
1956 :
animation du comité Mandouze puis du Comité de résistance spirituelle,
quelques semaines plus lard ; présentation de Curiel à Jeanson (automne
1957) ; création du Centre d'Information et de coordination pour la
défense des libertés et de la paix, dit centre du Landy, à Clichy,
qui publie Témoignages et documents à partir de janvier 1958 ; septembre
1959 : mission officieuse à Tunis pour expliquer au Front, de la part
d'Edmond Michelet, l'offre d'autodétermination du général De Gaulle
... Depuis 1954, Barrât possède ses entrées auprès des dirigeants
du Front qui lui transmettent quelque argent pour les comités et publica-
tions hostiles à la poursuite de la guerre. "
J.P. Rioux et J.F. Sirinelli :
"La guerre d'Algérie et les intellectuels français"
" Barrât était certes un " radical" : il avait des contacts fréquents
avec la fédération de France du FLN qui l'alimentait parfois pour
la bonne cause, naturellement. et avec les Algériens de Tunis . Mais
il était également lié avec Edmond Michelet, ministre de la Justice,
au point que ayant été arrêté le 9 octobre 1960, il téléphona au garde
des Sceaux depuis le commissariat de police, avant d'être envoyé à
Fresnes. "
Pierre Vidal-Naquet :
" Mémoires- le trouble et lumière 1955-1998"
" C'est au 27 rue Jacob (Le Seuil) que le garde des Sceaux du gouvernement
Debré, Edmond Michelet a publié Rue de la Liberté en 1954 . C'est
grâce à lui que sera levée l'unique saisie frappant Esprit en septembre
1961. Le 1 er octobre 1960, la police effectuant une descente au siège
de la revue emmènera tous les participants d'une réunion de Vérité-
Liberté (Mme Viénot, Jean Pouillon, Jérôme Lindon, Pierre Vidal-Naquet,
Jean-Marie Domenach, Robert Barrât, Jacques Panijel...) au Quai des
Orfèvres. Il suffira à Robert Barrât de téléphoner du commissariat
au Ministre pour qu'ils soient tous relâchés. " " La péripétie la
plus cocasse de cette période est probablement la grande rafle organisée
par la police au siège de la revue Esprit, rue Jacob, le 1er octobre.
Rafle qui permet aux inspecteurs de détecter des individus aussi inconnus
du grand public que Jean-Marie Domenach, Paul Thibaud, Pierre Vidal-Naquet,
Robert Barrât, Marcel Péju, etc.
Jérôme Lindon nous conte l'aventure avec une évidente allégresse rétrospective:
Ce soir-là, nous avions une réunion du comité de direction de Vérité-Liberté.
Je passe prendre Pierre Vidai- Naquet. les flics étaient chez lui.
Le commissaire Matthieu, homme courtois à qui j'ai eu affaire à l'occasion
de diverses saisies, demande à Pierre s'il détient quoi que ce soit.
Que non, que non ! Ses acolytes ouvrent un placard: il contient environ
une tonne de documents. Matthieu n'insiste pas et nous glisse: " Vous
avez une réunion, ce soir, n'y allez pas. " Naturellement on y va.
Et en arrivant à Esprit, nous voilà coincés dans une souricière avec
déploiement d'effectifs, mitraillettes et tout le tintouin. Pierre,
déjà inculpé, est autorisé à partir, mais je suis bouclé avec Domenach,
Thibaud, Panijel, Barrât et quelques autres. Je trouvais ça plutôt
marrant mais Barrât, lui, avait l'air embêté. Il m'explique qu'il
a des " trucs " dans sa serviette et. pendant que le flic de garde
lorgne ailleurs, il me refile sa paperasse. Nous étions dans la pièce
du fond, le reste de la troupe perquisitionnait. J'ai feint de fouiner
parmi les livres et, au fur et à mesure, j'ai écoulé les " trucs"
de Barrât entre deux pages. Peut-être sont-ils encore dans la bibliothèque
d'Esprit. Après, on nous a embarqués pour vingt-quatre heures au quai
des Orfèvres. La nuit durant, nous avons été enfermés dans le bureau
d'un inspecteur. Léger oubli: le téléphone marchait. Barrât a contacté
Michelet. Nous avons joint Le Monde. Le lendemain matin, toute la
presse était au courant avant que la ligne soit coupée.
Blancs comme neige, les suspects sont relâchés ..."
Hervé Hamon et Patrick Rotman :
"Les porteurs de valise"
" Trois ministres du général De Gaulle se sont mis en relation avec
Krim Beikacem, assure Bouzdirah (secrétaire de Krim Beikacem et agent
du Bureau d'Etudes et de Liaisons du colonel Jacquin depuis son ralliement
dans le cadre de la Paix des braves).
Qui? Boulloche, Buron et Michelet : une lettre est parvenue à Tunis
par le canal de l'ambassade d'Egypte . Krim me l'a lue rapidement,
elle était signée de M Michelet...
Trois jours après son retour à Alger, les services de décryptement
remettent au colonel Iks un message intercepté. Répondant sans doute
à une objection du GPRA, M Michelet lui fait savoir que " le général
De Gaulle ira au- delà de l'autodétermination, la constitution unitaire
de la Verne République n'est pas un obstacle à une sécession algérienne.
Tout est dans le processus. "
EDMOND MICHELET
ET L'AFFAIRE SI SALAH
Henri Jacquin :
"La guerre secrète en Algérie"
" Si Salah est le chef de la wilaya IV
du FLN. L'affaire des barricades lui a donné à réfléchir. De Gaulle
a tenu tête aux " Pieds- Noirs ", aux colonels et il a maintenu sa
politique. Et s'il était sincère? il s'ouvre de ses doutes à l'un
de ses adjoints commandant Mohamed qui abonde en son sens, puis à
l'autre, le capitaine Lakhdar. Ils décident d'engager des pourparlers.
Un notable musulman de la région de Médéa s'entremet. Il les met en
rapport avec le procureur général d'Alger, M. Schmeick, nommé après
l'émeute de janvier et auparavant conseiller technique auprès du garde
des Sceaux, M Michelet . Ce dernier est saisi. Il rend compte au général
M. Tricot, chargé des affaires algérienne à l'Elysée, reçoit mission
de suivre l'affaire, ainsi que le colonel Mathon du cabinet de M.
Debré. Ils auront, du 28 mars au 2 juin, quatre entretiens, en Algérie,
avec les chefs de la wilaya. "
Pierre Viansson-Ponté :
"Histoire de la République gaullienne"
" Le 18 mars 1960 Edmond Michelet, Ministre de la Justice, qui avait
déjà donné des preuves de sa sympathie pour l'émancipation de l'Algérie
recevait la discrète visite d'un juge de paix (cadi) de Médéa, petite
préfecture proche d'Alger, qui lui était adressé par son ami le procureur
général Schmeick, lui-même réputé libéral. Ce magistrat musulman était
porteur d'un message des chefs de la Wilaya IV - province d'Alger
dans la terminologie du FLN l'accréditant en vue de prendre tous contacts
avec les autorités françaises de la métropole ... .
Pourquoi ? Pour faire savoir que si le GPRA et les " politiques "
du mouvement restaient sur la réserve, les combattants, eux, souhaitaient
en discuter le plus tôt possible avec ses représentants ...
Michelet persuada Debré que la démarche de la Wilaya IV devait avoir
des suites. Sitôt informé, le général De Gaulle décida de ne pas ignorer
cette ouverture dût le FLN y trouver malice. Après tout, il n'y avait
pas de duplicité à l'égard du Front, le chef de l'État français n'ayant
jamais manqué dans ses appels à la discussion, d'affirmer que le FLN
n'était qu'une composante de l'Algérie com- battante et ne saurait
s'arroger la représentativité exclusive du peuple en lutte pour son
émancipation. "
Jean Lacouture :
"De Gaulle 3. Le souverain"
" La mystérieuse affaire Si Salah ", révélée par le général Challe
durant son procès un mois après l'échec du " Putsch des généraux "
fin avril 1961, apparut aux partisans militaires et civils de l'Algérie
française comme la preuve irréfutable d'une " volonté tenace de perdre
alors qu'on pouvait gagner " . Ils accusèrent De Gaulle d'avoir volontairement
torpillé par son appel au GPRA une paix séparée qui l'aurait empêché
de se débarrasser de l'Algérie.
Plus tard, le général Jacquin accusa même le ministre de la Justice
Edmond Michelet d'avoir dès le début trahi Si Salah en informant de
son initiative le vice-président du GPRA, Beikacem Krim"
Guy Pervillé :
"Pour une histoire de la guerre d'Algérie"
" A Tunis, Krim Beikacem est informé par les soins du garde des Sceaux
Michelet de l'évolution de l'affaire Si Salah qui rencontre De Gaulle
à Paris le 10 juin. " .
Raymond Muelle :
"La guerre d'Algérie en France "
" Le G.P.R.A. est au courant des négociation entamées par Si Salah.
Selon Pierre Montagnon, il l'aurait été dès le début par l'intermédiaire
d'Edmond Michelet qui a des contacts avec Beikacem Krim. Les hommes
de Tunis dépêchent en Algérie le chef du 2ème bureau de l'A.L.N.,
Ahmed Benchérif, pour liquider la dissidence . "
Jean Flanchais :
"L'empire embrasé. 1946/1962 "
" Selon certains auteurs français, le GPRA fut au courant des tractations:
des membres de l'entourage de De Gaulle - notamment Edmond Michelet-
étaient en effet en relation avec Krim. Cela pourrait expliquer pourquoi,
dès le 15 avril, le gouvernement algérien donna pour mission au commandant
Benchérif d'aller rejoindre la wilaya IV pour y enquêter et pren-
dre les mesures d'ordre qui s'imposaient. "
Gilbert Mevnier :
" Histoire intérieure du FLN"
" Le GPRA a-t-il été mis au courant des tractations qui se sont déroulées
à l'Elysée le 10 juin malgré les mesures de précaution prises? C'est
certain, car des ministres, dont Edmond Michelet ont des contacts
avec le F.L.N.
Pierre Le Goyet :
" La guerre d'Algérie "
" De Gaulle sait maintenant parfaitement quel avenir se forge à son
insu. Il a saisi l'ampleur du mouvement. Il sait aussi que trois de
ses ministres. Boulloche, Robert Buron et surtout Edmond Michelet
entretiennent des relations suivies avec le FLN . Il sait que le dernier
nommé, Edmond Michelet, est le correspondant régulier de Krim Beikacem
. De Gaulle, l'homme du secret lève pour une fois le voile à son ministre.
Les transmissions vont vite entre Tunis et Paris et le ministre des
Affaires extérieures du GPRA, Krim Beikacem connait l'identité des
visiteurs reçus par le Président de la République française et quel
était le but de leur visite nocturne. Le GPRA, premier perdant si
la manoeuvre envisagée se réalise, sait à quoi s'en tenir. "
Pierre Montagnon :
" La guerre d' Algérie"
" Le GPRA n'ignorait rien de l'étai d'esprit des chefs de la Wilaya
4 . Le 26 mars, quarante huit heures avant la première entrevue de
Médéa, M. Michelet a fait savoir à Krim Beikacem que Si Salah proposait
un cessez-le- feu séparé, insistant pour que le GPRA, revenant sur
sa position du 21 novembre accepte enfin la négociation proposée par
le général De Gaulle. À cette date Boussouf avait fait savoir aux
wilayas par message que " si des pourparlers s'ouvraient, le GPRA
n'avait pas l'intention de les mener à bien, mais de les rompre, dès
qu'une garantie ou deux auraient été obtenues. Les colonialistes seraient
obligés de les reprendre. On ne discutera du cessez-le-feu que lorsque
toutes les garanties politiques et économiques auront été acceptées
par la France. "
Comment pouvait-on devant un tel message, intercepté et déchiffré,
nourrir quelque illusion sur la sincérité des dirigeants du FLN? Les
renseignements de M. Michelet amènent le GPRA, le 24 avril, à décider
l'envoi sur place du chef de son Deuxième Bureau, Ben Chérif, pour
enquête et épuration ...
Arrêté près d'Aumale en octobre et interrogé le soir même par le chef
du BE.L. le capitaine Heux, Ben Chérif reconnaît volontiers avoir
assassiné entre autres :
Halim, Abdellatif, Lakdar. En revanche, il donne de son voyage de
Tunisie en Wilaya 4 une version très fantaisiste.
En 1965, Krim Beikacem affirmera que Ben Chérif avait quitté Tunis
en mai, par avion, muni d'une carte d'identité de travailleur migrant,
fournie par un avocat ; Maître S. . À Alger il avait été reçu par
un membre du cabinet du procureur général M. B. qui lui avait procuré
toutes facilités pour gagner le Sud: laissez-passer, moyen de transport,
correspondants en cas de besoin.
La rapidité des interventions en faveur de Ben Chérif, arrêté, concorde
avec les révélations de Krim Beikacem. Alors que seul le général Crépin,
commandant interarmées est au courant de son arrestation et approuve
l'exécution à laquelle le commandant du secteur de Médéa, le colonel
Leguay, doit procéder le lendemain matin (Ben Chérif a été condamné
à mort pour plusieurs crimes de sang et a été pris les armes à lamain).
Paris, mystérieusement averti, donne dans la nuit ['ordre de le transférer
par avion en métropole où il sera incarcéré à Paris d'abord, puis
à Rennes.
A un officier s'étonnant devant lui de cette étrange mansuétude, M.
Messmer, ministre de la Défense nationale répond: " Le GPRA nous a
fait s'avoir que si nous exécutions Ben Chérif, il procéderait de
son côté à l'exécution des otages qu'il détient. " Peut-être, mais
qui a averti le GPRA de l'arrestation de son " épurateur" ? M. Michelet
affirmera Krim Beikacem .
EDMOND MICHELET
" HOMME DE RECONCILIATION "
Henri Jacquin :
"La guerre secrète en Algérie"
Le lundi 25 janvier 1960 alors que sont dressées les
barricades d'Alger " à Paris, les ministres sont divisés. Soustelle
plaide pour des " pourparlers " avec les insurgés ce qui équivaudrait
fatalement à la remise en cause de l'autodétermination. André Malraux,
Edmond Michelet et Maurice Couve de Murville proposent de réduire
là rébellion sans délai, par la force s'il le faut,
"La Guerre d'Algérie" :
sous la direction d'Henri Alleg
" Au gouvernement, Michelet, Malraux, Sudreau, Buron souhaitaient
un recours à la force au cas où l'émeute ne se disperserait pas immédiatement
. Le ministre des Armées Guillaumat, fit état du trouble moral des
officiers. Soustelle et Cornut-Gentille demandèrent des gestes politiques
propres à rallier l'opinion européenne. "
Paul-Marie de la Gorce :
"De Gaulle"
" En ce qui me concerne, j'ai su que le très brave et saint homme
Michelet, ministre de la " Justice " avait rappelé au commissaire
général Gardon qu'au temps de Richelieu on ne se souciait guère des
questions de droit et que seule la raison d'Etat comptait. Par voie
de conséquence Je devais être condamné en temps que prisonnier d'État.
"
EDMOND
MICHELET MANIPULATEUR MANIPULÉ?
Alain de Sérigny : " Echos
d'Alger - L'abandon "
Question de Patrick Eveno à Roger Wybot ancien
chef de la DST:..
" Et la torture? L'affaire de " la gangrène " ? Complètement grotesque.
Le FLN m'a attaqué sur la torture, pour se venger de la DST. J'ai appris
par la suite, qu'il était manipulé par deux émissaires, se disant gaullistes,
envoyés par je ne sais qui. Ils appartenaient au cabinet d'Edmond Michelet
. Cette opération avait pour but de me noircir aux yeux du public .J'ai
fait convoquer tous ceux qui m'accusaient de les avoir personnellement
torturés, dans le cabinet du juge d'instruction, et personne ne m'a
reconnu, bien que j'ai bavardé avec eux.
Pour en finir avec cette légende stupide, dont je croyais être débarrassé,
je vous renvoie à l'article du Nouvel Observateur, paru sous le titre
" Le défi d'Abdallah" dans la semaine du 20 au 26 février 1987, déclarant
que les Algériens ont un faible pour la DST qui n'a jamais pratiqué
la torture pendant la guerre d'Algérie"
Patrick Eveno et Jean Flanchais:
" La guerre d'Algérie"
" En prenant son nouveau poste ministériel de garde des Sceaux, ministre
de la Justice, dans le premier gouvernement de la Verne République et
à mi-chemin de la guerre d'Algérie, Edmond Michelet qui entrait dans
sa cinquantième année, savait parfaitement à quels problèmes il allait
devoir s'affronter avec son équipe. Inversement , les partisans de l'Algérie
française, les " ultras" d'Alger et de Paris, savaient qu'il n'appartenait
pas à leur camp.
En juin 1958, ils avaient, pendant quelques jours, bloqué son entrée
dans le gouvernement provisoire formé par le général De Gaulle, et le
portefeuille des Anciens Combattants qu'on confia ensuite à celui qui
avait été ministre des Armées, alors que Soustelle avait l'Information,
seul fidèle entre les fidèles avait pu l'accepter sans récriminations.
L'essentiel était de faire partie de la compagnie gouvernementale, de
participer à l'élaboration de la Constitution et des ordonnances, de
pouvoir suivre l'Algérie au jour le jour.
La position du président des Anciens de Dachau, dans cette douloureuse
et terrible affaire .était connue depuis longtemps:
Michelet souhaitait ardemment que l'Algérie reste unie à la France dans
l'égalité des droits et dans le respect du droit...
Il avait formulé cette position dans des écrits; il l'avait en quelque
sorte symbolisée en rendant visite dans sa prison au lieutenant Rhamani,
officier musulman français qui n'avait voulu rejoindre la " rébellion
"ni se désolidariser d'avec les siens.
L'attitude de Michelet dans l'affaire algérienne était enracinée dans
toute son action publique antérieure, depuis l'accueil fraternel de
nombreux réfugiés juifs et catholiques, autrichiens et allemands dans
sa maison de Brive, depuis son premier acte de résistance consistant
à voler des tampons à la mairie pour fabriquer de faux laissez-passer
au bénéfice de ses hôtes qui devaient après l'armistice chercher le
salut plus loin, outre-Atlantique .
Dans cette logique, Michelet avait à Dachau refusé de laisser sur place
les détenus espagnols républicains comme displaced persons , comme le
voulaient les Américains, pour les " naturaliser" Français et les ramener
avec nous en France.
Dans cette même logique, il avait, ministre des Armées, pris parti en
1945-46 pour Leclerc et l'entente avec Ho Chi Minh contre la politique
de reconquête coloniale de l'amiral d'Argenlieu et de ses mandants parisiens.
Dans cette logique encore, il avait, en 1954, soutenu Mendes-France
à la fois dans sa politique indochinoise et dans la démarche nord-africaine
qu'il n'eut pas le temps de mener à terme.
Seul De Gaulle, pensait en effet Michelet, aurait la force morale et
le prestige pour imposer une telle politique.
Autour du Général, les " ultras" et les " libéraux" allaient désormais
s'affronter pour peser sur ses décisions .La Justice, c'était, en ce
temps de guerre qui n'osait dire son nom, les prisons , les condamnations
à mort et les grâces, c'était la torture et c'étaient les disparitions
, l'affaire Audin, l'affaire Alieg , c'étaient les affrontements entre
nationalistes algériens du MNA et du FLN .c'étaient les grèves de la
faim, les relations avec la police et l'armée, la lutte contre les bavures
en métropole comme en Algérie même , c'étaient les contacts maintenus
et renforcés avec les dirigeants de la " rébellion "
Certes Michelet, ministre, était tenu à une certaine prudence et son
goût personnel , l'essentiel étant affirmé et maintenu , le portait
plutôt aux compromis et aux conciliations .
Mais le fait de m'appeler auprès de lui avec notre camarade Gaston Gosselin
marquait un choix politique net qui ne passa pas inaperçu ni à l'Elysée
, ni à Matignon , ni au Monde, ni à Tunis. Très vite Michelet apparutcomme
le plus déterminé des ministres " libéraux ".
Dans les grands moments, pendant les journées des Barricades notamment,
ceux qui s'avançaient dans la même voie, comme Buron et Sudreau, se
réunissaient dans son bureau de la place Vendôme. Je me souviens d'y
avoir même vu , un jour particulièrement dramatique, Maurice Couve de
Murville et Antoine Pinay.
A travers le réseau d'amitiés établi par Gosselin , les relations avec
Tunis (c'est-à-dire le GPRA) étaient maintenues ou reprises, tout devant
être naturellement et exactement rapporté à l'Elysée et plus spécialement
à Bernard Tricot.
Bien sûr, le " réseau" des relations de Michelet n'était pas le seul,
et je ne pense pas qu'on arrivera un jour à établir quels " mérites"
reviennent plus précisément à tel ou tel intermédiaire . Toujours est-il
que le transfert dans l'île d'Aix des "chefs historiques" de la rébellion
fut conçu , exécuté et suivi par la place Vendôme , et qu'il ne prit
pas Tunis par surprise.
Michelet, en me chargeant de tout ce qui concernait l'administration
pénitentiaire, faisait bien sûr un geste, qui fut perçu partout comme
tel.
À travers des péripéties dramatiques et grotesques, dont la pénultième
étape fut la grève de la faim de milliers de détenus algériens , nous
pûmes créer pour les prisonniers du FLN un statut spécial qui ne se
différenciait de celui des prisonniers " politiques" que par le nom.
Nous envoyâmes en Algérie un jeune magistrat courageux , Simone Veil,
pour inspecter les prisons et faire rapport au " garde" .
À la suite de sa mission , une grande partie des responsables FLN se
trouvant dans les prisons d'Algérie furent transférés en France et échappèrent
ainsi aux exactions OAS qui, en 1961-62 , devaient coûter la vie à tant
de leurs amis.
On tenta d'arracher à l'armée une solution à l'affaire Audin , cet assassinat
perpétré après tortures, et plus généralement de mettre fin à des pratiques
innommables et déshonorantes.
Pour cela , il fallait remettre de l'ordre dans la justice en Algérie.
Le transfert du procureur général Rocca, d'Alger à Aix- en-Provence
, imposé par Michelet qui le remplaça par un de ses principaux collaborateurs
, le futur président de la Cour de Cassation, Robert Schmeick, fit d'autant
plus de bruit que le fils du procureur général était le principal conseiller
du Premier ministre en matière de justice et pour les affaires algériennes
...
L'amitié personnelle et la commune foi gaulliste n'empêchèrent pas Michel
Debré et Edmond Michelet de devenir peu à peu, au sein du même gouvernement
, les représentants de deux orientations opposées. Sans être jamais
désavoués , Gosselin et moi-même eûmes la possibilité de jouer largement
de nos bonnes relations avec la presse et notamment avec le Monde, grâce
essentiellement à la confiance réciproque qui existait entre Viansson-Ponté
et moi-même ..
C'est ainsi qu'avec l'accord de Michelet nous donnâmes à Viansson le
rapport sur les "regroupements des populations" organisés par l'armée,
texte que nous avait communiqué un jeune énarque envoyé là-bas par Pinay
et qui s'appelait Michel Rocard.
En bon ministre et homme politique, Edmond Michelet disposait bien entendu
d'autres conseillers et d'autres filières , mais sa préférence personnelle
et son choix d'homme d'Etat chrétien le poussaient dans la voie de la
négociation.
En l'aidant à plaider auprès du Général la grâce des condamnés à mort
algériens je savais que je restais en communion avec mon chef, et lui
avec le sien.
Au printemps 1960, les relations entre Matignon et la place Vendôme
connurent une crise aiguë . Le Premier ministre exigea le départ de
Gaston Gosselin dont les missions étaient plus " voyantes", davantage
sur le terrain, que les miennes, mais qui relevait de moi au sein du
cabinet.
Michelet m'informa qu'il ne pouvait plus résister à la pression de Debré
et qu'il allait se séparer de mon coéquipier. Je lui fis alors observer
que, s'il cédait sur ce point, il allait rendre impossible, moralement,
la poursuite de mon action , notamment auprès des Algériens . Nous nous
mîmes donc d'accord que je quitterais moi aussi le cabinet, mais que
je serais remplacé par quelqu'un représentant les mêmes orientations.
En choisissant pour me succéder Hervé Bourges , alors secrétaire de
rédaction de Témoignage Chrétien, l'organe le plus en flèche dans le
sens " libéral" en matière algérienne, Edmond Michelet fit clairement
comprendre qu'il allait poursuivre son action. Le conflit avec Matignon
se poursuivit donc lui aussi pour aboutir à une nouvelle crise à l'automne
1961.
Michelet me raconta par la suite que le Général lui aurait demandé s'il
accepterait la charge de Premier ministre et que, sur son refus. De
Gaulle lui aurait dit que dans ce cas il lui fallait quitter la place
Vendôme, Debré ne voulant plus " cohabiter" avec lui.
Ce qui fut fait, et Michelet, quelque temps plus tard, se retrouverait
au Conseil constitutionnel.
Pour conclure je rappellerai que ni Michelet ni ses collaborateurs n'étaient
acquis à l'avance à la solution extrême de l'indépen-dance algérienne.
Tous nous aurions préféré que la France et l'Algérie* restassent unies
par un lien politique et une association privilégiée. La résistance
aveuglée et acharnée (une grande partie de l'armée et de la population
européenne que ses chefs menèrent dans l'impasse, a forcé De Gaulle
à aller jusqu'au bout, quand il n'y eut plus d'autre choix que la séparation.
En créant à la demande du Général et dès 1962 l'Association France-Algérie,
Edmond Michelet tenta d'établir, au-delà des relations officielles,
de nouveaux liens entre les deux peuples. En l'accompagnant à Alger
en 1967 où, à nouveau ministre dans le gouvernement français , il devait
recevoir le diplôme de citoyen d'honneur de la ville d'Alger , j'ai
pu croire que des progrès réels pouvaient être obtenus dans cette voie.
Aujourd'hui je crois qu'il n'y en a pas d'autre dans l'intérêt de nos
deux peuples. "
o o
Ce témoignage de Joseph Rovan, collaborateur direct d'Edmond Michelet,
éclaire parfaitement leur oeuvre commune en faveur de l'Algérie algérienne.
Aucune équivoque n'est possible. Bon nombre des pièces s'y trouvent.
Il suffit de les repositionner à leur juste place pour que le vrai profil
du Garde des Sceaux apparaisse.
En juin 1958 " les partisans de l'Algérie française ... savaient qu'il
n'appartenait pas à leur camp. " En effet dès 1945-46 , à l'occasion
des troubles en Indochine, il ne cache pas des opinions favorables à
la décolonisation. Par conséquent lorsque Edmond Michelet écrit en 1957
" L'Histoire offre une dernière chance aux Français de ne pas perdre
le fruit des épreuves passées, de ne pas permettre cette victoire posthume
d'Hitler que serait la retraite française d'Algérie ", ou encore " Dans
cinquante ans le drapeau tricolore flottera encore sur Alger. ", cacherait-il
ses véritables convictions ? Il est vrai qu'il est à bonne école et
que le " Vive l'Algérie française! " de son maître à Mostaganem n'est
qu'une digression tactique qui s'inscrit dans une stratégie autrement
plus vaste, plus complexe, plus sinueuse... D'ailleurs un homme politique
ne ment jamais, il compose avec les faits lorsque ceux-ci sont trop
têtus.
Joseph Rovan révèle aussi que Edmond Michelet avait accepté le portefeuille
des anciens combattants pour avoir accès au conseil des ministres "pour
suivre l'Algérie au jour le jour ". Mais au profit de qui ? Il est question
des préoccupations très variées " en ce temps de guerre qui n'osait
dire son nom ". Dans cet inventaire il n'est nullement question des
Français musulmans et des Pieds- noirs victimes du terrorisme et encore
moins des poursuites qui devraient s'ensuivre contre leurs agresseurs.
Ne serait-ce qu'une regrettable omission? Pourtant nous apprenons qu'
"en ce temps de guerre" Edmond Michelet avait " des contacts maintenus
et renforcés" avec les dirigeants de la rébellion. N'est-ce pas là justement,
la définition que donne le Larousse de "l'entretien d'intelligences
avec l'ennemi" Sur ce point, Rovan est d'ailleurs d'une précision exemplaire
: "À travers le réseau d'amitiés établies par Gosselin , les relations
avec Tunis ( c'est-à-dire le GPRA) étaient maintenues ou reprises. "
cette réalité s'inscrit parfaitement dans l'aveu désespéré exprimé par
Michel Debré (rapporté par Jean- Luc Einaudi dans son ouvrage "La bataille
de Paris"): " Le FLN est au coeur de la France! Au conseil des ministres
il y a le FLN ! "
Joseph Rovan n'hésite pas à désigner l'Armée française comme une cible
privilégiée du Garde des Sceaux . Lorsque Edmond Michelet donne son
accord à Gosselin et Rovan pour communiquer au" Monde" le rapport sur
les regroupements des populations, que recherche-t-il en fait, sinon
de contrecarrer l'action des militaires dans le cadre de la pacification.
Ces regroupements sont catastrophiques pour l'ALN qui ne peut plus exercer
sa pression sur les populations organisées en groupes d'auto-défense.
Et qui est l'auteur de ce rapport ? Un jeune énarque nommé Michel Rocard
qui s'est déjà fait connaître comme secrétaire des Jeunes Socialistes
en organisant le 13 octobre 1955 un meeting à la Mutualité contre l'envoi
du contingent en Algérie. Mais au fait, ce rapport était-il destiné
à aboutir sur le bureau du Garde des Sceaux dont les attributions ministérielles
étaient étrangères au sujet traité? En le communiquant à la presse,
à l'insu du ministre des Armées concerné au premier chef, Edmond Michelet
afficherait-il un quelconque mépris du principe de la solidarité gouvernementale
?
Edmond Michelet en chargeant Rovan de tout ce qui concernait l'administration
pénitentiaire, "faisait bien sûr un geste, qui fut perçu comme tel "
par la rébellion bien sûr. On comprend mieux dès lors la teneur du billet
adressé par le Premier ministre à son garde des Sceaux et rapporté par
son ami Viansson-Ponté ("L'architecte du général" de Patrick Samuel)
:
" Mon Cher Edmond,
Je suis désolé de te dire que tes prisons sont des bordels.
Tout cela est parfaitement intolérable.
J' entends qu 'il y soit mis un terme sans retard, faute de quoi je
me verrais contraint d'en tirer à ton égard les conclusions qui s'imposent.
Tristement.
Michel Debré"
À défaut de remettre de l'ordre dans ses prisons, le Garde des Sceaux
éprouve le besoin de remettre de l'ordre dans la justice en Algérie.
C'est ce que Rovan souligne en évoquant la mutation du procureur général
Rocca d'Alger à Aix-en-Provence .Le conseiller d'Edmond Michelet se
garde bien d'expliquer la vraie raison de ce limogeage. En fait, au
lendemain des "journées des Barricades" , Monsieur Rocca n'ayant pas
jugé opportun d'écrouer Alain de Sérigny , le directeur de "L'Echo d'Alger",
le Garde des Sceaux avait dû le sommer de le faire ( ainsi découvre-t-on
que l'intervention ministérielle auprès du procureur-général Besson,
lors du procès des généraux Challe et Zeller n'était pas une première,
l'idée d'une justice partisane ayant déjà fait chez Edmond Michelet
un bon bout de chemin). Ironie de l'affaire ,1e pot aux rosés est mis
en évidence par Jean-Luc Einaudi, historien des réseaux de soutien au
FLN et de la Wilaya VII dans sa" Bataille de Paris ".
Dernier point souligné par Joseph Rovan" la résistance aveuglée et acharnée
d'une grande partie de l'armée et de la population européenne que ses
chefs menèrent dans l'impasse, a forcé De Gaulle à aller jusqu'au bout
quand il n'y eut plus d'autre choix que la séparation. " L 'affirmation
est pour le moins curieuse quand on sait que ( tous les historiens en
sont d'accord) Edmond Michelet a été le premier ministre approché et
informé , par le truchement du cadi Merighi de Médéa, du projet des
chefs des wilayas IV et III de demander la Paix des Braves. Or Joseph
Rovan se garde bien d'évoquer la fameuse " affaire Si Salah" . C'est
proprement stupéfiant de la part de l'un des deux confidents du Garde
des Sceaux et surtout de l'un de ses émissaires les plus sûrs auprès
de personnalités très influentes au sein du GPRA. C'est d'autant plus
curieux que quelques paragraphes plus haut, Joseph Rovan frappé par
la grâce d'une modestie pour le moins hypocrite affirme qu'il est difficile
"d'établir quels mérites reviennent plus précisément à tel ou tel intermédiaire.
"La page étant tournée définitivement pourquoi taire cet épisode? Un
sentiment de honte ? Certainement pas ! La nécessité d'un plaidoyer
pro domo plus vraisemblablement. Lorsque Edmond Michelet crée l'Association
France-Algérie courant 1962, il peut avoir des espérances dans la bonne
réciprocité de l'application des accords d'Evian . Quand en 1967 il se
rend à Alger pour y recevoir le diplôme de citoyen d'honneur de la ville,
il ne lui est plus possible de s'en prévaloir, informé qu'il est obligatoirement
du massacre de dizaines de milliers de Harkis, de leurs familles et
.de musulmans francophiles, de la disparition de milliers de Pieds-Noirs,
des expropriations sauvages et pourtant...
N'a-t-il pas retenu la leçon de son ami Robert Buron, signataire de
ces accords, qu'il recevait naguère place Vendôme ,et qui a osé confessé
: " Ma signature figure au bas d'un bien étrange document; je n'en éprouve
aucune satisfaction "
Joseph Rovan évoque cette visite d'Edmond Michelet au prisonnier Rhamani,
officier musulman français qui n'avait voulu ni rejoindre la rébellion
ni se désolidariser des siens. Pauvre Edmond Michelet! Que n'a-t-il
suivi cet édifiant exemple ! Au moins ne traînerait-il pas autour de
son action ministérielle ces effluves de compromission sinon de trahison
qui vous collent à la réputation comme une odeur de friture imprègne
un vêtement de laine." Edmond Michelet !
Vous vous souvenez ... L'honorable correspondant
du GPRA au sein du gouvernement français ! "
Crédit: Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui
- N°173 - Mars 2009
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