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Libres
propos
QUI SOMMES EXACTEMENT
?
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A
l'heure du 47ème anniversaire de notre exil, à l'heure
où nos ennemis tentent de nous assassiner culturellement et
historiquement, il est grand temps de présenter notre uvre
d'hier et d'aujourd'hui pour les chercheurs de demain.
Les études savantes sur les Pieds-Noirs provoquent souvent
un effet curieux. Elles fournissent à la fois une littérature
assez abondante qui les scrute sous tous les angles à partir
de différents points de vue : anthropologues, sociologues,
spécialistes de la littérature analysent leur identité,
leur mémoire, leur production littéraire. Il faut noter
que dans cette masse de recherches en cours, l'histoire, malgré
quelques travaux pionniers, joue d'ailleurs un rôle plus modeste.
Et finalement, de cette somme de connaissances, on tire un sentiment
de frustration, comme si tout n'avait pas été dit. Plus
précisément, d'un livre à l'autre, d'un article
à l'autre, les mêmes caractéristiques, semble-t-il,
paraissent privilégiées : nostalgie, difficile insertion,
mémoire brisée, identité blessée. On ne
peut s'empê cher de constater que les chercheurs offrent aux
interrogations douloureuses des Pieds-Noirs le miroir de leur explorations
érudites : exil, perte et autres thèmes de même
tonalité sont en effet devenus les leitmotive, des sortes de
topoï ; pour tout ce qui touche aux Français d'Algérie.
Loin de nous l'envie de minimiser les tragédies personnelles
et l'apport scientifique des travaux concernant les Pieds-Noirs. Nous
pensons toutefois qu'il est temps d'ouvrir le chantier des études
sur les Rapatriés en partant d'un autre point de vue. Il est
nécessaire de prendre en compte la douleur de l'exil, la déchirure
de l'exode telles qu'elles s'expriment avec force dans les romans
ou à travers les associations de Rapatriés. Mais sachons
capter, comprendre aussi le silence des autres, de ceux qui ont tourné
la page, quoi qu'ils en aient eu, et ils sont nombreux. Mesurons avec
précision les résultats de l'insertion socioprofessionnelle
des Pieds-Noirs à long terme et dans tous les domaines de l'activité
économique. Analysons exactement les processus de transmission
de la mémoire, y compris parmi ceux qui semblent avoir tourné
le dos à cette période de leur vie. Et nous aurons peut-être
là un portrait plus nuancé des Rapatriés, mais
certainement plus adapté aux différentes modalités
de cette identité présumée.
Ces quelques considérations sont en fait suggérées
par l'ouvrage de Michèle Baussant qui reprend le dos sier déjà
traité de la mémoire Pieds- Noirs. D'emblée,
l'auteur situe son projet à la croisée de son histoire
sin gulière (elle est fille de Français d'Algérie)
et de sa qualité d'anthropo logue. Née après
l'exode, héritière détachée de cette histoire,
elle semble être à la bonne distance pour mener une étude
engagée : l'ouvrage est en effet pour elle l'occasion de se
réap proprier, de manière critique, son passé
et pour le lecteur, une étude de la mémoire Pieds-Noirs.
Ce va-et- vient entre le passé (celui de ses ori gines) et
le présent (son activité de chercheuse) est mis en lumière
par la construction même de son livre. En ce 47ème anniversaire
de l'été de tou tes les souffrances, à partir
de notre prochain magazine, thérapie pour notre communauté,
nous allons chaque mois, reprendre un pan de notre mémoire
afin de laisser à la pos térité ce que nous avons
réalisé et ce que nous faisons encore aujourd'hui.
J-M Lopez
rédacteur de PNHA
crédit: Pieds -Noirs d'Hier
et d'Aujourd'hui - N° 176 - 07/08/ 2009
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