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Libé taxe le suspect de l’attentat de Québec
de « pro-Le Pen », puis se rétracte…



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Faut pas se gêner. Et le padamalgam, alors ?

« Attentat contre une mosquée de Québec : ce que l’on sait du principal suspect pro-Le Pen », tel est le titre d’un article paru mardi 31 janvier sur le site de Libération. Un « article », façon de parler : Libé a donné toute sa créativité dans le titre, le reste est le copier-coller d’une dépêche AFP. En même temps, l’essentiel a été dit, n’est-ce pas ? Comme un roman policier qui « spoilerait » son contenu en livrant le nom de l’assassin dès la couverture. Allez hop, ça, c’est fait !

Sauf que Libé a eu, cette fois, la main un peu lourde. Des internautes s’étranglent, vitupèrent, ironisent : Non, mais Libé, faut pas se gêner. Et le padamalgam, alors ?

Que le coupable ait tenu des propos « anti-migrants » est une chose établie, puisque les témoignages de ses proches vont tous dans ce sens. Que l’ensemble des goûts exprimés sur sa page Facebook (si ceux-ci concordent) donnent des indications sur son état d’esprit est également logique.

Mais de là à qualifier de façon exclusive – parce qu’il aurait un jour « liké » une page FN – le suspect québécois de « pro-Le Pen », comme si c’était LA caractéristique du bonhomme, l’engagement de toute sa vie, c’est un peu exagéré, non ?

D’abord parce que – rassurez-moi ? – « aimer » une page sur Internet n’est pas proclamer à l’univers tout entier que celle-ci est notre passion de toujours, la cause qui nous anime et nous fait vibrer ? Il m’est arrivé de « liker » certaine micro-vidéo de cuisine sur Facebook dont la simplicité d’exécution m’avait un instant fascinée.

Dites-moi que ce tutoriel culinaire ne me collera pas à la peau pour l’éternité ? Qu’il ne figurera pas sur mon épitaphe : Ci-gît Gabrielle Cluzel, fan de lasagnes bolognaises ?
Ensuite parce que l’individu a aussi « aimé », lit-on dans la presse, la page du « Nouveau Parti démocratique » canadien, qui est, lui, réputé… à gauche. En toute logique, Libé n’aurait-il pas dû titrer : « Ce que l’on sait du principal suspect gauchiste pro-Le Pen » ? Au risque, évidemment, de laisser passablement perplexe le lecteur.

Enfin, j’ajoute qu’ayant consulté, lundi, la page du criminel avant qu’elle ne soit fermée, j’avais eu la surprise d’y trouver un « ami » commun, avec tout ce que ce mot-là peut compter de guillemets sur Facebook.
Et que celui-ci se trouvait être… Philippe Armengau, conseiller consulaire pour l’Ontario et le Manitoba, et président du comité de soutien, en Ontario… d’Alain Juppé !
Dieu sait si, du fait de mon activité sur Boulevard Voltaire, je compte des « amis » de tous bords de la droite française. Mais c’est un partisan d’Alain Juppé qui s’est trouvé être notre seul « contact » commun.
Bref, Libération aurait donc dû écrire « ce que l’on sait du principal suspect gauchiste pro-Le Pen et ami d’ami d’Alain Juppé », ajout qui, je le concède, aurait plongé un peu plus dans la confusion ses abonnés, mais qui aurait été la stricte vérité.
Preuve qu’un seul pouce levé sur une page Facebook ne signifie, à vrai dire, pas grand-chose, et que l’isoler de la forêt des autres doigts bleus pour en tirer une conclusion péremptoire relève, évidemment, du mensonge par omission, ou par focalisation.

Libération, devant la bronca, a finalement changé son titre, effaçant, ni vu ni connu, le mot « Le Pen » :
« Attentat contre une mosquée de Québec : ce que l’on sait sur l’auteur présumé », discret coup de gomme virtuel qui n’est pas sans rappeler, au lendemain du Bataclan, la subreptice disparition – que Boulevard voltaire avait été le premier à relever – du mot « fantasme » d’un titre sur le site de France Inter évoquant le lien entre afflux migratoire et terrorisme.

Las, on peut tout gommer.
Mais pas le discrédit que ces curieuses méthodes jettent sur la presse.


Gabrielle Cluzel
crédit:bvoltaire.fr



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