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Ouvert fin septembre, le premier centre de déradicalisation est déjà vide !


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Non seulement il n’y a jamais abrité les 25 pensionnaires prévus, mais les 9 qui y sont passés ont tous disparu.

Vous connaissez Beaumont-en-Véron ? Moi non plus.

À y regarder de plus près, on découvre une jolie petite commune d’Indre-et-Loire, près de Chinon, tapie au pied du coteau crayeux et des vignobles. Le jardin de la France, en somme, Ronsard et les rois de France, la douceur angevine, « Mignonne allons voir si la rose… »

Sauf qu’aujourd’hui, à Beaumont-en-Véron, c’est « Mignonne allons voir les barbus ». Les 2.922 habitants de cette bourgade ont, en effet, eu l’honneur, la joie et l’avantage d’accueillir depuis l’automne dernier le premier centre de « déradicalisation » de France.

Neuf résidents se sont donc installés au centre de Pontourny (c’est son nom). Seulement neuf ? Ben oui. C’est peu, je vous le concède. D’autant qu’on en prévoyait 25, mais il faut croire qu’on ne les a pas trouvés. Ou pas attrapés.

Comme disait la presse lors de son ouverture, fin septembre : « Le centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté d’Indre-et-Loire devrait conduire à l’ouverture de douze autres établissements, implantés dans chaque région métropolitaine, d’ici deux ans. Son statut de pionnier laisse entrevoir nombreuses incertitudes sur son fonctionnement et les résultats attendus. » C’est peu dire…

Des pensionnaires haut de gamme, néanmoins. Pas des « fichés S » et pas de repris de justice.

« Ce ne sont ni des jeunes de retour de zone de conflit, ni des cas psychologiques, ni des personnes inquiétées pour des cas de violence ou de terrorisme. On ne va pas accueillir ici des terroristes », disait alors la responsable du projet Muriel Domenach. Tout juste des « personnes égarées, en grande difficulté, qui font l’objet d’une absence de capacité de discernement : rupture familiale, échec scolaire, pas d’emploi », ajoutait alors le préfet d’Indre-et-Loire.

À ce moment de l’histoire, on s’est évidemment demandé si l’on ne se foutait pas de notre gueule, parce que s’il faut offrir des séjours campagnards à tous les « hommes et femmes de 18 à 30 ans » qui sont « en rupture familiale, échec scolaire et sans emploi », il va falloir relancer dare-dare le secteur du bâtiment !

Mais la réponse vient d’arriver : c’est OUI, on s’est foutu de notre gueule, et dans les grandes largeurs.

Aujourd’hui, vendredi 10 février, le centre de déradicalisation de Beaumont-en-Véron est vide ! Non seulement il n’y a jamais abrité les 25 pensionnaires prévus, mais les 9 qui y sont passés ont tous disparu. Pfffffuit ! Envolés, les gentils déradicalisés !

C’est France Bleu Touraine, relayée par Valeurs actuelles, qui nous l’apprend : le dernier pensionnaire vient de quitter les lieux. Motif : il a été « condamné à quatre mois de prison avec sursis et des travaux d’intérêt général pour… apologie du terrorisme et violence ». Il est le dernier à s’égayer dans la nature, suivant les copains partis au cours de ces 15 derniers jours « après l’arrestation d’un autre pensionnaire, Mustafa S., dans le Bas-Rhin. Le 17 janvier, au moment d’une permission de sortie, il a été interpellé pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Il s’est avéré que le jeune homme était lié à un kamikaze, tué au Bataclan en novembre 2015. »

François Pupponi, député-maire PS de Sarcelles, était ce matin l’invité de RTL. Il y parlait, justement de déradicalisation, ayant créé dans sa ville le premier centre, pour que ceux qui sont « au contact » (élus, agents municipaux, éducateurs, policiers…) sachent d’abord de quoi l’on parle. « Il faut former car il n’y a pas de structure de formation, y compris pour les forces de l’ordre, sur ce que sont ces réseaux de radicalisation » », dit-il.

Et, à l’entendre, il y a urgence : « Oui, je suis plus qu’inquiet. […] Il n’y a pas, selon moi, d’organisation, au niveau des institutions républicaines, coordonnée pour faire face à ce processus qui est relativement nouveau mais qui émerge de manière importante.
Oui, je le répète, je suis inquiet car c’est le lot quotidien des élus de banlieue de faire face à ce phénomène-là. »


Marie Delarue
crédit:bvoltaire.fr



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