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Est-il scandaleux qu’un policier traite un délinquant de « bamboula » ?


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Parfaite déconnexion entre les salons ministériels, les studios de la presse parisienne, et la réalité vécue tous les jours sur le terrain . .

Le procès fait à ce syndicaliste policier qui a déclaré « convenable » l’appellation de « bamboula », lors de l’émission « C dans l’air », a au moins eu un mérite. Celui d’illustrer la parfaite déconnexion qui existe entre les salons ministériels, les studios de la presse parisienne et la réalité vécue tous les jours sur le terrain par les policiers, notamment au cœur de nos quartiers sensibles.

Les relations qui existent, à force de contacts, entre les policiers et les malfrats de tout poil ont toujours intrigué le grand public et les médias. Pour le premier, le cinéma et la télévision, à travers de nombreux films et reportages, ont pu donner des clés de lecture pour comprendre comment cela fonctionnait. Ils ont également apporté des réponses d’évidence, à savoir que le monde du crime et de la délinquance n’est pas fait de mondanités mais d’un rapport de force permanent, sans cesse remis en cause.

Pour les seconds (les médias), les choses sont plus complexes. Et il convient de distinguer les journalistes d’investigation, c’est-à-dire ceux qui, au plus près des services de police et des délinquants, finissent par comprendre les modes relationnels qui existent dans ce milieu. Et puis les journalistes de studio, ceux dont l’expérience se limite à l’invitation, sur un plateau de télévision chaud et douillet, d’acteurs plus ou moins impliqués – et souvent moins que plus – dans cette lutte du crime contre la vertu.

Pour ce qui est des cabinets ministériels, de tout temps, ils ont hurlé avec les loups, la réalité du terrain et les difficultés rencontrées par les policiers dans l’exercice de leurs missions ne les ayant jamais vraiment intéressés. Si ce n’est par leurs conséquences médiatiques !

Alors, oui, il faut rappeler que les relations entre policiers et délinquants sont, et ont toujours été, pleines d’ambiguïtés. Que le milieu dont il est question – celui du crime et de la marginalité – répond à des règles particulières qui ne sont pas codifiées. Que c’est le plus malin, et parfois même le plus fort, qui gagne. Ça peut être le policier, mais ça peut être aussi le délinquant.

Quant au vocabulaire utilisé entre les uns et les autres, il n’est évidemment pas celui des salons évoqués ci-dessus. Le tutoiement entre policiers et délinquants peut être la règle.

Et il est réciproque. Sur le terrain, on ne s’embarrasse pas de questions de savoir-vivre et de vouvoiement. Il arrive même (chose inouïe) que policiers et délinquants s’appellent par leur prénom. Tout ça n’étant pas exclusif d’une certaine forme de respect, à défaut de respect des formes. Oui, quelquefois, des adjectifs peu orthodoxes, et certains noms d’oiseaux, volent entre les protagonistes. Mais ces mots, ceux qui choquent nos bobos bien installés dans leur confortable vie parisienne, sont les mêmes que ceux qu’emploient, entre eux, nos jeunes dans les cités. Et pour ceux-là, les règles de la politesse ne sont pas des priorités.

Alors, bien sûr, on peut se voiler la face. Crier au scandale parce qu’un policier a, sans le vouloir et par maladresse, levé une partie de ce voile. Mais la réalité est bien là. La police ne se fait pas en gants blancs et la fleur au fusil. Elle se fait dans une violence physique et verbale quotidienne. Elle se fait, aussi, en s’immergeant dans un milieu qui, immanquablement, avec le temps, finit par déteindre sur tous ceux qui s’y plongent. Penser qu’il puisse en être autrement relève ou du rêve ou de la plus parfaite hypocrisie.


Olivier Damien
crédit:bvoltaire.fr



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