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Juppé ? Le très mauvais calcul des très petits marquis de la droite et du centre


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La stratégie juppéiste consistant à s’imposer au centre et à espérer en tirer les dividendes est encore plus hasardeuse qu’avant la primaire.

Donc, les apparatchiks de la droite et du centre veulent remplacer Fillon par Juppé. Dans cette atmosphère de trahison et de débandade, c’est à qui, juppéiste, sarkozyste ou centriste, plantera le plus médiatiquement possible ses banderilles dans le taureau Fillon. Et tous d’en appeler à Juppé.

Que ces gens-là montrent au grand jour leur nature profonde, leur manque de courage, de fidélité, de constance, c’est bien normal. Le contraire eût été étonnant. Mais, soit dit en passant, ce ne sont pas de tels caractères que l’on voudrait voir au gouvernement demain, quand le redressement de la France exigera une détermination sans faille … Qu’ils piétinent le vote, démocratique et massif, de la primaire et qu’ils renient leurs engagements d’alors, c’est déjà plus grave, pour aujourd’hui et pour l’avenir. Mais qu’ils le fassent en pensant que Juppé est la solution gagnante révèle les piètres stratèges qu’ils sont aussi. Et là, ils en deviennent franchement inquiétants.

En effet, tous ces revirements, toutes ces trahisons se justifieraient s’il y avait derrière une stratégie véritable, une ligne.

Mais en fait il n’y a qu’un nom, qu’ils lancent comme un mantra : Juppé.
Au nom de quoi ont-ils ainsi lâché la proie Fillon, qui était encore capable de les mener à la victoire, pour l’ombre Juppé ?

D’abord au nom de leur foi ancienne, celle d’avant la primaire, celle des sondages qui pendant un an leur promettaient un Juppé triomphant. Sondages trompeurs que trois millions d’électeurs envoyèrent à la poubelle, avec les bulletins Juppé.

Ensuite au nom de leur idéologie : être de droite, cela leur a toujours fait peur. C’était seulement bon le temps d’une campagne électorale, pour bénéficier d’une alternance, et des postes qui vont avec.

Les voilà donc revenus à leur aveuglement naturel d’avant la primaire : Juppé.

Mais si Juppé – et Boulevard Voltaire fut un des rares journaux à le voir – était en 2016 une illusion, incapable de fédérer son camp, et de gagner, il l’est davantage encore en 2017, à cinquante jours du premier tour, alors que la campagne est bien avancée.

Faut-il faire la liste des nouveaux handicaps de Juppé, outre ceux qui l’avaient plombé pour la primaire (âge, Bayrou, identité heureuse, complaisance pour l’islam, condamnation – et non simple mise en examen – etc.)?

Primo, M. Juppé n’aurait aucune légitimité démocratique. Sèchement battu à la primaire, il ne devrait sa désignation qu’à des tractations d’appareil, une révolution de palais ou un putsch, comme vous voudrez, et serait ainsi le fossoyeur des primaires ouvertes qu’il n’avait cessé de réclamer et qui lui avaient été accordées.

Deuzio, l’éviction de Fillon et le retour à une ligne centriste incarnée par Juppé entraîneront inévitablement une scission et une rébellion des électeurs de droite qui se reporteront sur Marine Le Pen. D’ores et déjà, l’attitude irresponsable des lâcheurs s’est traduite par un +2 % pour elle. Encore un effort, camarades juppéistes, et elle devrait passer les 30 % !

Tertio, la stratégie juppéiste consistant à s’imposer au centre et à espérer en tirer les dividendes est encore plus hasardeuse qu’avant la primaire. En effet, M. Macron s’est depuis des mois installé sur ce créneau, il a capté M. Bayrou qui a fait savoir hier qu’il ne reviendrait pas vers M. Juppé.

Le centre préempté par Macron et la droite en colère ne laisseront pas beaucoup d’espace à M. Juppé.
Mais nos petits marquis et leurs petits sondages ne l’ont pas compris.


Pascal Célérier
crédit:bvoltaire.fr



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