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Fillon contre les partis : enfin le retour à l’esprit de la Ve République ?


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Ces partis sont eux-mêmes, de façon assez irrationnelle – et stupide -, en train de se faire imploser sous nos yeux ! Fascinant !

On a répété que cette élection présidentielle était inédite, et les plus catastrophistes vont même jusqu’à nous prédire la fin de la Ve République voulue par de Gaulle.
Ces Cassandre sont, d’ailleurs, les grands profiteurs du système et n’ont guère été gaullistes ou gaulliens dans leurs pratiques.

Pour évaluer de façon moins caricaturale la situation de cette présidentielle à l’aune de l’esprit des institutions voulues par de Gaulle, examinons le rôle qu’y jouent actuellement les partis. On sait que, du discours de Bayeux en 1946 à la Constitution de 1958 et à la réforme de 1962 sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct, l’homme du 18 juin, pour avoir vécu de près les naufrages de la IIIe République en 1940 et de la IVe en 1958, n’a eu qu’une obsession : réduire l’emprise des partis, avant tout préoccupés de leur prospérité au détriment de l’intérêt général, et donner à la France un exécutif fort, reposant sur le lien entre un homme et le peuple. On peut le déplorer, mais tel est l’esprit de la Ve République.


Aussi est-il étonnant de voir un universitaire aussi chevronné que Michel Winock se répandre dans la presse en attaques anti-Fillon qui semblent ignorer ces réalités de base de l’histoire politique. Dans Le Monde : « Fillon prend le risque de saper l’édifice constitutionnel instauré par de Gaulle. »
Et dans L’Express : « L’homme providentiel, c’est antidémocratique ! » Belle contradiction !

Car ce qui est en train d’arriver dans cette élection, et ces jours-ci avec Fillon, c’est justement un retour à l’esprit de la Ve République, au choix d’un homme soutenu par le peuple, malgré ou contre les partis.

Et le bras de fer entre Fillon, dont la légitimité populaire est indiscutable depuis le vote de la primaire, et les partis LR et UDI est l’un des épisodes majeurs de cette évolution. Son issue sera riche d’enseignements. Si, demain, M. Fillon l’emporte, et si les élus lâcheurs sont contraints de manger leur chapeau, il aura toute latitude, pour achever ce retour à l’esprit de 1958, d’imposer ses hommes et faire appel à la société civile pour engager ses réformes.
Mais, même si les appareils LR et UDI obtiennent demain sa tête au profit de M. Juppé, à la légitimité nulle, l’élection échappera de toute manière aux partis.

Car les deux autres favoris, M. Macron et Mme Le Pen, quoi qu’on en pense par ailleurs, représentent aussi, chacun à sa façon, un retour à l’esprit gaullien de l’élection présidentielle : l’un a lancé sa candidature hors des partis, l’autre a construit son parti contre les partis au pouvoir, tous les deux se prétendant ni de gauche ni de droite.

Il est stupéfiant de voir que l’activité essentielle des trois principaux partis de gouvernement, en cette semaine déterminante de la campagne, consiste à tout faire pour « tuer » le candidat (pourtant de leur camp et en situation de l’emporter) qui a l’ambition de dépasser leurs petits calculs ! M. Cambadélis envoie ses lettres d’exclusion et de menaces aux élus qui soutiennent Macron, et les responsables et les élus UDI et LR, au lieu de faire campagne pour leur candidat, massivement soutenu par la France silencieuse de la primaire, cherchent à l’évincer !
Ces partis sont eux-mêmes, de façon assez irrationnelle – et stupide -, en train de se faire imploser sous nos yeux !
Fascinant !

C’est à l’évidence le signe de la fin d’un système.
Mais certainement pas de la Ve République.
Et c’est une bonne nouvelle.


Pascal Célérier
crédit:bvoltaire.fr



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