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« Votez Jésus-Christ » : l’affiche du diocèse de Gap interdite ?


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Dieu, que les laïcards sont tristes…

Enfin une bonne nouvelle : « Le denier de l’Église résiste à la crise. » C’est, du moins, ce que titrait Le Parisien en février dernier. Mais, même si les donateurs ne se font pas tirer l’oreille pour mettre la main à la poche, il n’est pas forcément inutile de leur rappeler que l’Église a besoin de ces dons.

Comme chaque année, et comme les autres diocèses, celui de Gap a donc lancé une campagne publicitaire. Et, comme chaque année, et contrairement à d’autres diocèses plus frileux ou moins inventifs, il a imaginé une affiche un peu tonique pour réveiller ses ouailles.

Cette fois-ci, c’est, logiquement, l’échéance électorale qui a inspiré ses concepteurs. On y voit Don Camillo demander : « Seigneur, combien de voix allez-vous obtenir cette année pour le Denier ? »
Le savoureux curé de Brescello, immortalisé par le Marseillais Fernandel, ne devrait pas manquer de séduire les Gapençais pas pincés. Au moins les plus âgés, qui sont sans doute aussi les donateurs les plus généreux.
Mgr Di Falco, qui s’y connaît en communication, a probablement bien compris que, pour gagner les Provençaux à sa cause, il n’était pas mauvais de mettre les rieurs de son côté.

Mais voilà, cette publicité n’a pas eu l’heur de plaire à l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP), qui en aurait refusé l’affichage public.

Motif ? Le slogan « Votez Jésus-Christ », peut-être.

Il ne manquerait plus que Jésus arrive en tête à Gap au soir du premier tour. Ou Macron, encensé par les médias comme le Messie, le Sauveur que le pays attend. Le slogan ne laisse pourtant subsister aucun ambiguïté : « Votez Jésus-Christ, le seul qui n’a jamais changé de programme. » Il ne peut à l’évidence s’agir de l’infatigable pèlerin en marche vers l’Élysée, qui sème des contradictions comme le Petit Poucet des cailloux.
Le prétexte avancé est, en fait, que l’affiche « pouvait tourner en dérision les hommes politiques ». Elle est drôlement bégueule, cette Autorité, pour s’émouvoir comme cela d’une moquerie aussi gentillette, et dont on peut espérer que les politiques eux-mêmes souriraient ! Les Français, par ailleurs, tiennent déjà le personnel politique en si piètre estime que cette publicité délicieusement désuète ne risque guère de le rendre encore plus impopulaire.

L’ARPP, cependant, nie avoir interdit l’affichage public : la campagne, disent-ils, est « amusante et bien vue mais c’est de la pub et il y a du droit [et par conséquent] de possibles problèmes juridiques ».
L’autorisation préalable des ayants droit de Fernandel, par exemple. Mais aussi celle de la Commission européenne, pour la référence au drapeau européen : trois étoiles sur le bleu du drapeau français qui sert de fond à l’affiche… Hein ?
Un drapeau français ?
Que ne le disiez-vous plus tôt ?
C’est là, bien sûr, que le bât blesse !
Et le directeur général de l’ARPP, Stéphane Martin, d’évoquer pudiquement la « sensibilité » de la question de la laïcité, apparemment heurtée, la pauvrette, par l’image d’un prêtre catholique sur l’« emblème de la République ».

Mgr Di Falco a fait savoir que les affiches seraient « placardées dans les églises et… au-dehors », en ajoutant : « On verra si on a des problèmes et on fera face ! » Il a raison.
Il serait bien dommage de condamner cette affiche au secret des églises.
Son humour devrait, d’ailleurs, plaire au pape François, lui qui reproche si souvent aux chrétiens leur manque de joie.
Tous les chrétiens ne sont peut-être pas joyeux, mais Dieu que les laïcards sont tristes…


Christine Célérier
crédit:bvoltaire.fr>


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