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Lettre ouverte à Emmanuel Macron :
voilà pourquoi nous sommes un peuple !



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C’est beaucoup moins compliqué que vous ne semblez le croire
et que vous essayez de nous le faire croire.

Cher Monsieur Macron,



Dans Le Figaro de ce vendredi 17 mars, vous nous livrez une tribune que vous intitulez, avec votre modestie habituelle, « Pourquoi nous sommes un peuple ». Rien que ça !

C’est un peu grandiloquent et satisfait, comme du BHL ou de l’Attali – la jeunesse en plus.

Ah, jeunesse ! Vous avez de ces ingénuités.

« Parcourant le pays depuis des mois, que vois-je ? Je vois une France qui n’a pas renoncé à perpétuer les arts et les lettres qui l’on faite si grande. »

Depuis quelques mois. Mais pourquoi donc avez-vous commencé si tard ? Vous y mettant sans idées électorales derrière la tête, vous auriez vu beaucoup de choses et peut-être auriez-vous ainsi compris que, contrairement à ce que vous affirmez, notre identité de peuple ne peut être dissociée de notre culture.

Puis, un brin Trissotin, vous vous livrez à un « name dropping » un peu snob, alignant une série d’auteurs aux noms plus ou moins exotiques et probablement célèbres dans votre petit cercle amical. Vous y ajoutez comme il convient – on n’est jamais trop prudent – quelques vraies valeurs : Kessel, Troyat, Apollinaire, qui n’en auraient sans doute pas demandé tant.

Point d’orgue de cet enfilage de lieux communs, dont j’abrège l’énuméré par pitié pour mes lecteurs, l’inévitable « En art, il n’y a pas d’étranger », attribué cette fois à Brancusi.
Citer un sculpteur roumain du XXe, qui habitait la France, ça fait chic, pas vrai ?
Rappeler que les autorités américaines refusèrent de donner à une de ses « œuvres » le statut fiscal d’œuvre d’art car elles ne savaient pas s’il s’agissait d’autre chose que d’une simple pièce de métal usinée va vous paraître du plus parfait mauvais gout… Duchamp, au secours ! Rapporte-nous d’urgence ton urinoir !

Ah, Monsieur ! Mais pourquoi donc tentez-vous vainement de vous exonérer de vos propos antérieurs pourtant sincères ?


Selon vous, il n’y a pas de culture française et vous n’avez jamais rencontré l’art français. Grand bien vous fasse. Tant pis pour vous mais, au fond, ça n’a aucune importance. Soyons sincère : nous nous en battons l’œil.

Pour notre part, nous continuerons à aimer notre pays la France et à nous imprégner de sa culture, avec de grands auteurs et essayistes contemporains comme François Cheng, Andreï Makine, Alain Finkielkraut – tous trois académiciens -, Malika Sorel, Boualem Sansal ou Éric Zemmour, qui dit de lui-même avec un humour bien de chez nous qu’il est un « Français de branche » (sic).
(Vous voyez, le « name dropping », soi-disant ciblé et auto-justificateur, nous y arrivons aussi.)

Et puis nous continuerons à proclamer avec Louis Aragon, dissertant sur une œuvre majeure du sculpteur David d’Angers :

« Ce qui est frappant dans cet athlète élégant, cet antique tombé, c’est la dissymétrie du visage, c’est le caractère ethnique de la tête. L’Angevin, l’homme réel, celui qu’on aurait pu rencontrer, et Bonchamps qu’il soit, pareil au premier paysan venu… ?
Je le souligne en un temps, où, au nom d’une super-patrie, on a tendance à sourire du mot national en France, et où l’on aime à répéter cette phrase d’opérette, qu’un jour quelqu’un a trouvé heureuse à sa lèvre, suivant laquelle “l’Art n’a pas de patrie”…?
Essayez de sentir ici l’exceptionnel, une chose au monde sans paire, la grandeur de l’art et du sentiment mêlés.
Regardez je vous dis, regardez bien ! Car ceci, au-delà des jugements et des systèmes, écoutez-moi, ceci, c’est la France. »

Et nous sommes en 1956. Pour Aragon, à l’époque, c’est « Vive Staline ! »

Enfin, et pour conclure, vous me permettrez sans doute cette dernière citation d’un immense écrivain, immigré de première génération, grand Français d’adoption, de cœur, d’action et de raison, Romain Gary : « Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines. »

Voilà, en quelques mots, Monsieur, pourquoi nous sommes un peuple !
C’est beaucoup moins compliqué que vous ne semblez le croire et que vous essayez de nous le faire croire.

Bien à vous.


Xavier de Boissard
crédit:bvolaire.fr



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