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Notre indigne Patrie

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Sans chercher des références dans Clausewitz, il est clair que le nombre est l'élément déterminant dans une bataille. Sauf quand il s'agit de défendre une porte, un défilé ou un pont, le nombre pèse comme l'élément le plus fort dans une confrontation.
Non seulement pour l'approvisionnement des arguments mais pour la réso- nance dans le public. On peut dire vrai devant 100 opposants, on est mort. On peut mentir à 100 devant un seul qui a raison. Il est mort. A 50/50, c'est le poids des arguments qui va faire pencher la balance. L'idéal c'est d'être le double, en nombre, de l'adversaire avec un "armement" supérieur. Le nôtre justement. Pour mémoire l'état major soviétique n'engageait d'affrontement avec les Allemands que quand le rapport des forces leur était favora- ble à 6 contre 1. J'en reviens à notre "armement". À notre argumentaire, face aux enfants de Puteaux et aux fils de Garches, la défense de "l'oeuvre civilisatrice de la France en Algérie" est l'enterrement de première classe garanti.

Nous avons été les Robinson Crusoé de l'Histoire. Non pas naufragés. Mais déportés. Ce qu'ils appellent l'oeuvre civilisatrice de la France en Algérie c'est notre survie sur place (celle de nos aïeux) pour ne pas crever bouche ouverte dans les cailloux des djebels ou de malaria dans les marais de la Mitidja, ou à coups de fusils par les pillards des Aurès.

Lorsque nos aïeux eurent fini par monter quelques villages qui tenaient debout, il y a eu des amis de ceux qui viendront palabrer à Mouans, de doctes Frères Maçons, purs supports de la république une et indisible, qui décrétèrent que la France, peuple supérieur, se devait d'enseigner les peuples inférieurs. La citation est directement signée du citoyen Jules Ferry qui ne cotisait pas aux amis du Général Salan et qui ne fréquentait pas Saint Nicolas du Chardonnet. Donc,nous sommes des victimes DE LA COLONISATION. Nous sommes sur le même banc qu'Aimé Césaire, que Mandela et que la môme Taubira, celle qui fait brûler les plantes en les regardant seulement ... Nous sommes des victimes parce que mes aïeux sortaient de la Ville de Créteil - banlieue parisienne - et que les vainqueurs de la Révolution de 1848 leur ont posé le choix suivant :
- Assécher la Sologne
- Entrer dans la Garde Nationale
- Algérie
Comme ils devaient rêver de lions et de gazelles sauvages (et qu'ils en avaient déjà sans doute plein les bottes de ce sale ramassis de Pathos hypocrites et maquignons) ils ont choisi de mettre le plus d'espace possible entre la ville qui n'était pas encore celle de l'Amer de Paris et eux...

- Cela c'est la première étape, reprenons notre souffle.
- Deuxième étape - Guerre de 14-18. 20.000 (VINGT MILLE) des nôtres vont se faire tuer pour la Mère Patrie.
- Troisième étape - Guerre de 39-45. De Gaulle revendique un total de 20.000 soldats au sein de ses FFL.
Nous, 20.000, c'est encore une fois le nombre de nos tués. Dans la 1ère Armée Française. Pour les libérer. Malgré la télé qui leur raconte tous les soirs dans des feuilletons à se gondoler, à ces petits-fils des rois du marché noir, que c'est la Résistance qui a libéré la France, la vérité, elle est toute simple, toute pierreuse, toute mortuaire, toute cérémoniale, elle est gravée dans la pierre des cimetières où ils se gardent bien d'aller : les cimetières où sont enterrés nos pères et nos oncles et qui, comme un seul homme, se sont mobilisés pour les libérer des armées nazies. Le pourcentage de mobilisation est supérieur en Algérie à celui de l'Allemagne elle-même !
Du jamais vu. Ah! Si on avait su !
Je ne parle pas des blessés ni des tués arabes, sénégalais, congolais, ivoiriens etc. Pourquoi ils n'en parlent jamais ? Mais la réponse est hyper simple. Parce que même si le ridicule ne tue plus personne depuis longtemps, la vérité des nombres de tués et de blessés, comparés à leurs chiffres à eux, mais c'est la honte totale !

Il y eut beaucoup plus de tués par les bombardements américains que de martyrs de la Résistance effective !
Alors ils ont inventé une filmographie permanente, un roman quotidien, une légende qui se déroule non seulement crescendo mais même exponentiellement avec l'horizon qui s'éloigne. Bientôt ils vont nous faire résister les foetus !
On se demande comment tant de vrais résistants ont réussi à se faire prendre. À voir ces films mais c'est la France entière qui s'opposait à Pétain et Lavai.
Nous, à Alger, 20 ans plus tard, on l'a vu l'héroïsme de ces Tartarins de bistrots, de ces raseurs de femmes, de ces auto colonels FFI de la dernière heure. Allez voir ou lire "L'assiette au beurre" de Dutourd ou "Uranus" de Marcel Aymé, ça vous remet les idées en place.
Ils étaient tous aplatis devant l'Occupant, les théâtres étaient pleins, les salles de cinéma aussi. Ils résistaient devant leur poste de Radio, la nuit, et allaient acclamer le Maréchal le jour et ils attendaient avec une patience héroïque que la décision se fasse. Lisez aussi "D'une Résistance à l'autre" de l'un de nos héros à nous, le Président Georges Bidault, successeur de Jean Moulin. Il y raconte que la foule ne se bousculait pas au portillon pour figurer un jour au Mont Valérien ou sur le Monument Yad Vashem des Justes à Jérusalem. Pour eux, c'était à qui mieux mieux : j'ai rusé l'âme!

Quatrième et dernière étape. Le général Radio, le Menteur du Forum entre en piste. Sa mafia a bien balisé le terrain. Ils n'attendaient que l'occasion. L'autre commençait à sérieusement ronger son frein. Souvenez-vous de la bouille de Tante Yvonne. On ne peut qu'avoir un peu de circonstances atté- nuantes pour lui, là, honnêtement. 24 heures par jour en sa compagnie dans le trou à rats de La Boisserie !

- Et puis Sakiet et le 13 Mai, il peut enfin sabrer le Champagne. La camarilla gaulliste se met en ordre de bataille. Ils vont pouvoir traverser les villes de France avec six motards devant pour tracer la route. Le pied. II roule dans la farine, comme le vrai camelot, et pas du Roi - qu'il est, le peuple d'Algérie - Européens et Arabes - et emberlificote le plus décoré et plus républicain des généraux de la République: Raoul Salan.
Et qui sont les victimes encore un coup ? Toujours et encore les mêmes ! Alors laissons Sarko se débattre avec Boutef sur ce sujet d'orgueil national et de dédommagements à la clé. Ce n'est pas notre affaire. Même la Marseillaise sifflée, ce n'est pas notre affaire. Nous, comme ceux qui sifflent, nous connaissons la suite. Laissons les, les futurs Pieds Noirs, dans leurs illusions et leur paresse.

Nous avons été déportés, expatriés, expédiés, missionnés. Puis nous avons été rapatriés dans des conditions criminelles et nous aurions à glorifier la France ?
Je me souviens de ce mot de Camus. Camus, pupille de la Nation : " Mon père ne connaissait pas la France. Il a eu l'occasion de la connaître. Il y est allé. Il y est mort".
Nous sommes des rapatriés. Une patrie ne s'invente pas. Comme une mère. Indigne ou pas, une patrie c'est comme une mère. Ça ne s'invente pas. Et on ne décide pas de qui on est l'enfant. Que cette mère patrie soit indigne ne la dispensera pas de nous rendre ce qu'elle nous doit.

Mais surtout, ne la laissons pas imaginer qu'elle ne nous doit rien au prétexte qu'elle mériterait cent fois qu'on la renie.

Guy Rolland

Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°168 - Novembre 2008
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