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Weygand, le pire ennemi de l'Allemagne de De Gaulle....
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Chef d'état-major du futur maréchal Foch del914àl918, organisateur de la résistance victorieuse des Polonais à l'Armée rouge en 1920, le général Weygand n'avait exercé que des fonctions honorifiques avant d'être rappelé au service en 1939, à l'exception d'une année (1). De janvier 1930 à janvier 1931, il fut chef d'état-major général, s'efforçant de vaincre l'indifférence et le pacifisme du pouvoir politique. En dépit de celui-ci, il conçut et lança la création de la première grande unité blindée française, la Division légère mécanique (DLM), procédant aussi à la modernisation des transmissions et des années antichars. Alors qu'il avait reçu le commandement de l'année du Levant en août 1939, on sait qu'il se vit confier par Paul Reynaud, en pleine débâcle, les fonctions de généralissime en remplacement de Gamelin à partir du 20 mai 1940. La suite, nous l'avons déjà décrite. Malgré l'énergie déployée, il était trop tard pour endiguer le désastre. S'opposant au projet de capitulation de Reynaud, Weygand plaida avec force la nécessité d'un armistice, seul moyen de limiter la catastrophe et de préparer un relèvement. Tandis qu'il s'efforçait de conjurer l'inéluctable, il ne savait pas que, dans son dos, le général De Gaulle à qui il venait d'accorder ses deux étoiles, et qui était sous-secrétaire d'Etat à la Guerre depuis le 6 juin, complotait pour obtenir son éviction(2). Projet sans suite, les candidats se faisant rares. De Gaulle reprochait à Weygand de ne pas avoir soutenu son projet farfelu du «réduit breton », celui d'aller se battre dans une Afrique du Nord dépourvue de troupes (3), ou encore cette proposition faite par Churchill de transformer Paris en champ de ruines pour y livrer des combats retardateurs.
Autrement dit, il lui reprochait de ne pas prendre très au sérieux ses compétences militaires. On doit admettre que Weygand avait alors des soucis plus urgents que de ménager la susceptibilité extrême de l'obligé de Paul Reynaud. Il devait sérieusement aggraver son cas par la suite. Ayant été nommé ministre de la Guerre dans le gouvernement du maréchal Pétain du 17 juin au 6 septembre 1940, c'est sous son autorité que furent convoqués les deux tribunaux militaires qui jugèrent De Gaulle le 1er juillet et le 2 août 1940. Ayant appris sa condamnation à mort par contumace, le protégé de Churchill répliquera le 12 août à la BBC: « La justice sera rendue quand les chefs français qui se sont montrés indignes d'être des chefs auront été condamnés. [...]
La justice viendra donc. C'est la victoire qui l'apportera!» La victoire identifiée à un règlement de compte, cela laissait bien augurer de l'avenir. Mais Weygand, cette fois encore, avait d'autres préoccupations.
Nommé le 6 septembre 1940 Délégué général du gouvernement en Afrique et commandant en chef, il allait déployer l'activité intense que nous avons déjà évoquée. «Sans Weygand et l'impulsion qu'il donna, écrira le général Boyer de Latour, commandant le 2. Groupement de Tabors marocains, l'armée d'Afrique n'aurait jamais été reconstituée et les troupes françaises n'auraient pu participer à la libération de la Patrie.
Weygand a fondé l'outil, Juin s'en est servi en Italie, de Lattre et Leclerc en France. Mais il faut bien se rendre compte que sans Weygand, la 2e DB du général Leclerc n'aurait pas existé [....] De même, il n'aurait pas été possible de constituer le CEF en Italie et la 1ère Armée française (4).» Simultanément, Weygand accordait son soutien a Robert Murphy, envoyé spécial du président Roosevelt en Afrique du Nord, permettant l'implantation de douze vice-consuls qui seront les agents efficaces du débarquement du 8 novembre 1942 (5).
À cette date, Weygand avait été relevé de son commandement depuis près d'un an déjà. Hitler n'ignorait pas que l'Allemagne avait en la personne de ce général âgé mais énergique son ennemi le plus acharné et le plus dangereux. Le Fuhrer avait contraint le gouvernement de Vichy à se défaire de lui depuis le 19 novembre 1941. Quatre jours après le débarquement américain en Afrique du Nord, la Gestapo arrêtait le généra] Weygand sur une route à proximité de Vichy. Placé au secret, il était incarcéré en Allemagne en compagnie de son épouse. Sa détention allait durer trente mois, jusqu'à la défaite allemande en mai 1945. Durant la dernière année, il partagea sa captivité avec Paul Reynaud, Edouard Daladier et le général Gamelin qui n'étaient pas ses amis.
De Gaulle fait arrêter Weygand
Libéré le 5 mai 1945, près d'Innsbruck, par le général américain McAuliffe, Weygand fut conduit avec tous les honneurs dus à son rang au QG de la VIF armée américaine à Augsbourg où il fut l'hôte du général Patch. Le 7 mai, ce dernier reçut un télégramme de Paris lui enjoignant «de s'assurer de la personne du général Weygand et de le garder sous surveillance américaine jusqu'à nouvel ordre ». Indigné, Patch n'en dit mot au général. Refusant de se prêter à cette machination, il le fit conduire avec égards au QG de la 1ère Armée française à Lindau. À 1 'hôtel Bad Sachen de Lindau, le général de Lattre de Tassigny célébrait la victoire dans la liesse avec ses généraux et chefs de corps.
Dans ses Mémoires, il écrira: «Mon élan, qui devait être sans réserve en un pareil moment, est pourtant retenu par un message de Paris qui m'ordonne de mettre en état d'arrestation le général Weygand, "quels que soient les sentiments personnels que j'ai pu garder à son égard...". Il est spécifié que je dois m'assurer de sa personne et le faire transférer à Paris sous escorte, en évitant tout éclat... Dès l'entrée dans le hall de l'hôtel, c'est justement lui que je vois le premier avec Madame Weygand.
Mon vieux chef auprès de qui j'ai passé mes plus fructueuses années de l'entre-deux-guerres et auquel j'ai toujours conservé mon entier et respectueux attachement, se jette dans mes bras et me félicite avec une chaleur émouvante. Je suis trop bouleversé pour lui communiquer l'ordre dont je suis porteur. [...] À deux heures du matin, je frappe à la porte de sa chambre où il m'attend impatiemment. Je lui fais prendre connaissance des ordres du gouvernement qui, on l'imagine, provoquent de sa part une indignation spontanée...» Il semble bien qu'en fait les choses se soient passées . moins galamment. Dans sa biographie de Weygand, Georges Hirtz a reproduit le témoignage écrit que lui a confié l'officier chargé d'escorter le général jusqu'à Lindau, le capitaine Georges Sider, chef du 2e bureau de la 1ère DB : «Personne ne s'occupant du général, j'ai dû moi-même prendre [ses] valises et réclamer au concierge la chambre qui avait dû tui être réservée. Il me fut répondu que rien n'avait été prévu. Sur mon insistance, on m'indiqua qu'on pourrait le loger au dernier étage dans une chambre modeste. » Ayant repris les valises, le capitaine Sider accompagne le général et son épouse. Au moment de prendre l'ascenseur, ils passent devant le général de Lattre « qui a feint de ne pas nous voir et nous a laissés prendre l'ascenseur sans plus s 'occuper de nous. Arrivé dans sa chambre, le général m'a retenu en me disant que l'attitude à son égard du général de Lattre lui faisait prévoir le sort qui l'attendait. [..] C'est les larmes aux yeux que je pris
congé du général et de madame Weygand (6)...» La relation différente du même événement met en évidence l'embarras et la crise de conscience du général de Lattre au reçu de t'ordre du général De Gaulle: «Mettez en arrestation le général Weygand, quels que soient les sentiments personnels que vous avez pu garder à son égard.» On ne fait pas mieux dans la perfidie. Rongé d'inquiétude, de Lattre n'en finit pas de s'interroger sur la façon d'exécuter à moindres frais l'ordre indigne. Sa perplexité est accrue par la présence de Paul Reynaud, vieil adversaire de Weygand, qui a retrouvé toute sa morgue et se montre persuadé de se voir confier, dès son retour à Paris, de hautes responsabilités politiques par son ancien protégé (7).
Ce n'est que tard dans la nuit, de façon presque clandestine, que de Lattre se rendra enfin dans la chambre de Weygand. N'ayant pas protesté contre l'ordre inique du chef du gouvernement, il s'en fait implicitement le complice. Ce n'est pourtant pas dans son tempérament. Mais les généraux en activité sont rarement téméraires face au pouvoir politique. Et puis, était-il possible de braver ce pouvoir qui allait lui offrir la puissante satisfaction, le lendemain, de représenter la France lors de la capitulation du Reich? De Lattre n'ignore pas non plus le caractère sauvage de l'épuration qui sévit en France. Le souvenir le hante nécessairement de son rôle, même indirect, dans le procès fait au général De Gaulle en août 1940.
Il s'inquiète aussi de son pétainisme affiché jusqu'en 1942. Ainsi met-il dans sa poche sa fière devise: «Ne pas subir!» Mais il ne sera pas payé de retour. Non seulement De Gaulle ne lui accordera pas le maréchalat convoité (8), mais il se verra infliger de cuisantes blessures d'amour-propre . Cinq semaines plus tard, le 18 juin, il sera exclu du défilé sous l'Arc de Triomphe et se retirera furibond. Le 24 juillet de la même année, c'est par la presse qu'il apprendra la dissolution de la Ire Armée et son remplacement à la tête des Forces françaises en Allemagne par le général Koenig, sans même recevoir un message du chef du gouvernement. .
Le 8 mai, au moment du départ pour la France de son «vieux chef», de Lattre a cependant l'élégance de lui faire rendre les honneurs militaires et de mettre à sa disposition l'une de ses voitures personnelles. Dès son arrivée à Paris, Weygand se voit notifier un mandat d'arrêt sous l'inculpation de trahison et d'indignité nationale.
Au sortir des geôles allemandes, il est maintenant incarcéré à Fresnes. La presse vitupère servilement « le généralissime de la capitulation ». L'Humanité en rajoute: «Le général de trahison et de coup d'État est ramené de sa prison de luxe...»
Le comble de la mesquinerie En novembre 1942, Hitler s'en était pris au plus dangereux ennemi de l'Allemagne. En mai 1945, Weygand est victime cette fois d'une sorte de vengeance privée. Sur intervention du fils du général dont la santé est chancelante, des hautes autorités médicales interviennent auprès du procureur général Momet qui accepte le transfert du malade au service urologique du Val-de-Grâce. L'internement en hôpital militaire atténue quelque peu la rigueur de l'épreuve. Les médecins militaires devront cependant batailler sans relâche pour protéger leur malade. À trois reprises, le fourgon cellulaire de Fresnes se présentera pour récupérer le prisonnier, mais s'en retournera devant la ferme opposition du directeur de l'hôpital et des chefs de service. Ce n'est qu'à partir du 20 janvier 1946, date à laquelle le général De Gaulle quittera le pouvoir que la menace de transfert en prison de droit commun disparaîtra. Une mise en liberté provisoire sera prononcée le 9 mai. Une nouvelle année de détention s'était ajoutée, en France cette fois, aux presque trois années de captivité en Allemagne. Entretemps, Weygand avait déposé avec fermeté au procès du maréchal Pétain, ce qui donna lieu à une empoignade célèbre avec Paul Reynaud. Le 6 mai 1948, après trois ans d'instruction (9) et nombre de séances houleuses scandées par les invectives et les menaces de ses membres communistes, la commission d'instruction de la Haute Cour de Justice se réunira une dernière fois pour statuer (10).
Ayant adopté intégralement les réquisitions du ministère public, elle conclura à l'innocence entière du général Maxime Weygand. À quatre-vingt-un ans, celui-ci pouvait enfin reprendre une vie normale, ce qui lui était refusé depuis son arrestation par la Gestapo, le 12 novembre 1942. À l'encontre de Weygand, la vindicte du général De Gaulle n'était pourtant pas éteinte. On le vit une première fois en 1954 quand fut publié le premier tome des Mémoires de guerre. Mis en cause par des imputations malveillantes et des entorses à la vérité, Weygand répondit point par point dans un ouvrage concis, En lisant les Mémoires de guerre du général De Gaulle que Flammarion tirera à 35.000 exemplaires au début de 1955. Il y aura pire dans la mesquinerie dix ans plus tard, à la mort de Weygand, survenue le 28 janvier 1965. Revenu au pouvoir en 1958, de Gaulle était devenu président de la République, investi d'immenses pouvoirs. L'annonce du décès suscita dans tout le pays, principalement dans l'armée, une émotion intense. On attendait un hommage solennel de la France en raison de ce dont elle était redevable à Weygand pour 14-18 et pour la Seconde Guerre mondiale. Selon l'usage, le ministre des Armées avait prévu un service funèbre à Saint-Louis des Invalides. Mais au dernier moment, désavouant son ministre, le président de la République décida d'interdire les honneurs militaires et religieux aux Invalides.
A défaut, un service religieux fut célébré à Saint-Philippe-du-Roule, que l'arbitraire présidentiel transforma pour un jour en église des armées. Au matin des obsèques, le 2 février, une foule immense y afflua, conduite par les trois épouses et veuves des maréchaux Juin, Leclerc et de Lattre de Tassigny. Un grand nombre de généraux étaient présents, dont Pierre Koenig, le plus illustre chef militaire encore en vie de la France libre. Dans un billet du Monde Hubert Beuve-Méry résuma le sentiment général: «On peut n'avoir partagé en rien les idées du disparu... il n'en reste pas moins auréolé de la gloire des vainqueurs de 14-18. Chicaner à ce compagnon de Foch, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire, une simple messe de Requiem dans cette même église où tant de lieutenants font bénir leurs jeunes amours apparaît comme un geste sans grandeur, une injustice, une faute et l'on craint que des rancunes personnelles n'y aient plus de part que la raison d'État.» En cette occasion, De Gaulle montra combien sa grandeur cachait de petitesses. Soumis à ses rancunes, il n'avait jamais pardonné au général Weygand d'être le témoin et le reproche vivant de ses propres choix.

Crédit: Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°202
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