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Henri Yrissou,
Un homme d'Etat qui a aimé
l'Algérie Française
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Henri YRISSOU, Inspecteur général
des Finances (H), Vice-président des anciens députés (H),Directeur
du cabinet d’Antoine Pinay dans tous ses ministères et à la
Présidence du Conseil,
le jeudi 14 mai 2009 … pour ses cent ans (†21 juin 2009).
Mes chers Amis,
Oui, j’ai traversé le siècle. Et quel siècle ! Merci d’abord
pour votre présence qui me touche infiniment.
Le XXème siècle restera dans l’Histoire comme l’un des plus
tragiques, des plus monstrueux ! La 1ère guerre d’abord, la
guerre civile européenne, responsable au premier chef de la
décadence que la 2ème guerre, celle de 39-45 a parachevée. La
barbarie a repris possession du monde, avec les deux visages
d’Hitler et Staline.
J’ai vu partir les soldats, en 1914. J’ai connu et vécu les
suites de ce qui était pourtant une victoire. La crise de 29,
que nous vivons à nouveau aujourd’hui, aggravée, car mondiale,
a pesé lourdement sur le peuple français. J’ai dû beaucoup travailler
pour assumer mes études, franchir les concours, parvenir à l’Inspection
des finances. Avec des accidents de santé sérieux, puisqu’ils
m’ont empêché de préparer d’abord Polytechnique. J’avais vu,
en 1936, les grèves dans les usines d’armement, alors que l’Allemagne
travaillait nuit et jour, et je déplorais l’aveuglement du gouvernement
français de l’époque.
Vint la guerre de 39. J’ai fait alors résilier l’interdiction
médicale alors que j’étais au cabinet de Paul Reynaud pour suivre
une instruction militaire et partir à la guerre comme ceux de
ma classe d’âge. Je fus envoyé pour cela en Algérie et découvris
alors ces départements français. L’armistice est intervenu,
et j’allais partir pour l’Angleterre afin de continuer la guerre
contre les nazis avec plusieurs camarades. Le choc de Mers el
Kébir a brisé notre élan et nous avons rejoint la zone libre
pour lutter d’une autre façon, qui se présenta très vite. Je
n’entrerai pas dans le détail de mon action qui fut couronnée
dès la fin de la guerre par la Légion d’honneur aux deux titres,
militaire et civil, et par la Médaille de la Résistance, accompagnée
de la Croix de guerre avec palmes.
Tout était à reconstruire en France après le désastre de la
défaite et de l’occupation. C’est ainsi qu’en 1951, j’entrai
au Cabinet du Ministère des Travaux Publics comme Directeur
prés d’Antoine Pinay. Au titre de l’Etat, j’ai présidé en même
temps
les Houillères du Sud Oranais. 3000 ouvriers Douï-Menia
que nous avons sortis du désert pour leur assurer une vie active
et le développement de leurs familles. J’avais fait appliquer
le statut du mineur, comme en Métropole. Leur reconnaissance
et leur confiance m’ont toujours beaucoup ému. Quand je fus
plus tard élu député, ils m’ont offert une montre « les mineurs
du Sud Oranais à leur président ». Cette montre, je l’ai présentée
à Molotov, Ministre des Affaires Etrangères de l’URSS, lors
d’un dîner officiel à New York, avec quelques commentaires pour
l’instruire. Jules Moch était présent et m’approuvait… J’ai
prescrit à la même époque les recherches aériennes de pétrole
au Sahara. On sait le résultat et la suite…
En 1952, ce fut la présidence du Conseil et le redressement
économique et financier bien connu sous le nom «d’expérience
Pinay ». J’ai participé à tous les ministères d’Antoine Pinay
comme Directeur du Cabinet, aux Affaires étrangères particulièrement,
où j’ai défendu la politique de la France aux Nations Unies,
dans l’affaire marocaine et toutes les questions internationales.
En 1958, les évènements politiques me conduisirent, après mes
rencontres en tête à tête avec De Gaulle, à passer sur le plan
parlementaire pour défendre mes idées et mes combats dans l’intérêt
de la France. J’avais été élu Maire de Gaillac, conseiller général
du Tarn l’année précédente. Mon premier souci fut de restaurer
le vieil hôpital avant d’en créer un nouveau. Et de faire des
égouts, car rien n’avait été organisé sur ce plan depuis l’occupation
anglaise de la Guerre de Cent ans ! Ces mandats, qui m’ont donné
beaucoup de satisfaction, ont duré vingt cinq ans.
La lutte politique fut dure, et les déceptions aussi. Le climat
du siècle inversait toutes les valeurs, le bien devenait le
mal, le laid prenait la place du beau, la lâcheté remplaçait
le courage, oui, un triste siècle que ce XXème siècle.
1968 en est une autre date symbolique, l’effondrement de toute
une civilisation qui ne sait plus maintenant que s’accuser,
s’excuser, supprimer tous les feux rouges sans lesquels il n’y
a plus que le chaos ouvert à toutes les barbaries.
Aujourd’hui, la plupart de mes amis ont disparu. Ils n’ont vu
que le début du désastre. Je les évoque dans ma pensée lors
de mon 100ème anniversaire.
Je veux rendre un hommage particulier au grand professeur Georges
Cerbonnet dont la famille est ici. Membre des deux académies
de Médecine et de Chirurgie, il a donné son nom à une aile de
l’Hôtel Dieu après avoir sauvé tant de malades. Je lui dois
d’être encore là.
J’en profite pour remercier celles et ceux qui font de leur
mieux, dans des conditions difficiles, pour atténuer le malheur
du grand âge dont j’ai parfaitement conscience et qui fait partie
de la terrible condition humaine.
Et je termine en disant à mon épouse qui m’apporte depuis 54
ans le plus précieux des soutiens, et à nos enfants, Pascal
et Florence que leur amour a illuminé ma vie et me donne le
courage qui fait défaut, parfois, au centenaire que je suis.
Et puis, 1909 a été l’année de la béatification de Jeanne d’Arc
par le Pape Pie X. Elle a attendu plusieurs siècles. Donc il
ne faut jamais désespérer !
Henri YRISSOU
Témoignage sur DE
GAULLE
Par Henri YRISSOU,
Le 13 décembre 1956, après l’échec
de Suez, après avoir fait le tour des hommes politiques, je
suis allé voir de Gaulle rue de Solferino. Rendez-vous pris
par Guichard, accordé aussitôt. Comme Président des Ouillères
du Sud Oranais, au titre de l’Etat, je voulais parler à De Gaulle
de l’Algérie, du pétrole, du gaz qui venaient d’y être trouvés
et qui donnaient à la France son indépendance énergétique.
Parler des populations qui n’attendaient qu’une ferme direction
de la Métropole pour les départements d’Algérie, départements
français couverts par les traités internationaux. Mes titres
de guerre, Légion d’Honneur, Croix de guerre avec palmes, Médaille
de la Résistance me valurent un accueil attentif et cordial
d’un homme qui ne semblait plus croire à la possibilité d’agir :
« J’ai voulu donner une constitution à la France, j’ai échoué.
Créer un parti, le RPF. Vous savez mieux que quiconque comment
il a éclaté au profit des Indépendants Pinay. On m’avait dit
d’aller à l’Etoile pour l’anniversaire de la Victoire, que le
peuple de Paris serait là pour m’acclamer. Le peuple de Paris
n’était pas là ». 3ème échec. Je fus sidéré de voir qu’il mettait
sur le même plan la Constitution, le parti et la foule.
Puis, je lui demandai de venir voir sur place, à Colomb Bechar,
pourquoi il fallait garder l’Algérie française, dans l’intérêt
de l’Algérie et de la Métropole, dans l’intérêt des populations.
Il accepta. Et au printemps 1957, il est venu. Je l’ai accueilli
devant les troupes, devant les mineurs de Kenadsa. Nous avons
fait des discours l’un pour l’autre, et en tête à tête, il m’a
dit : « Tout cela, vous avez
raison, il faut le garder. Sans cela, la France n’aurait plus
son poids dans le monde. Nous le garderons, par la ruse et la
ténacité ».
J’ai su plus tard par Robert Lacoste, qu’il
disait le contraire à Mendès France, à la même époque…. Adenauer
lui faisait espérer la Présidence de l’Europe si la France se
débarrassait de l’Algérie…
En 1958, quand les événements de Mai se produisirent, je ne
pouvais imaginer, comme tant d’autres, qu’en tête à tête, devant
une réalité si évidente, De Gaulle pouvait mentir aussi cyniquement.
Le 22 mai 1958, j’ai emmené Pinay à Colombey, et les socialistes
avec Guy Mollet ont suivi 8 jours après. La suite, hélas ! Nous
ne la connaissons que trop. J’ai eu souvent l’occasion de m’en
entretenir avec Léon Delbecque, Jacques Soustelle, Georges Bidault,
et tant d’autres que je retrouvai au Comité de Vincennes comme
Député du Tarn, élu aux législatives malgré la campagne des
gaullistes contre moi.
Dans la presse, dans de nombreuses conférences en des milieux
divers –à l’une d’elles assistait au premier rang le Général
Salan-, à l’Assemblée nationale, je n’ai cessé de défendre l’Algérie
française.
J’ai fait voter la motion dite Moatti, mais conçue et rédigée
par moi, par une majorité écrasante de députés. Cette motion
devait être présentée obligatoirement par un membre de la commission
des Lois, or j’appartenais à la commission des Finances. Elle
exprimait la volonté absolue de maintenir l’Algérie française.
En 1962, toute la force de l’Etat s’est employée sur ordre de
l’Elysée, de Messmer, etc. pour me faire battre
de quelques voix. Des menaces couraient « Il
faut tuer Yrissou politiquement, mais aussi physiquement ».
Nous avions soin de placer notre enfant, né en 1957, dans une
chambre loin de la porte d’entrée car nous craignions le dépôt
d’une bombe. Téléphone écouté, nous en eûmes la preuve, visite
des services spéciaux gaullistes, et.
Or tout s’est joué lors de l’affaire algérienne, c'est-à-dire
la décadence de la France sur tous les plans, mai 1968 qui a
vu l’effondrement de toute une civilisation, l’inversion des
valeurs, aujourd’hui le désastre avec l’immigration invasion,
le développement du terrorisme mondial avec un Islam redevenu
conquérant, le mea culpa permanent d’une France qui a honte
de son histoire et d’elle-même dans un comportement suicidaire.
Le jugement de l’Histoire
sera sévère.
Documents reçus d'une aimable correspondante
crédit:JP Rondeau
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