|
|
Lettre ouverte à Claude Lanzmann
|
|
Claude Lanzmann a eu l'idée à la veille du cinquantenaire de la fin de la guerre d'Algérie de publier un numéro spécial de la revue « les Temps modernes » consacré aux anciens harkis. Il a enfin pris conscience de l'indifférence coupable des bobos et des gauchos français et qui aujourd'hui du moins pour certains d'entre eux ont une conscience coupable voire une indifférence devant le sort épouvantable réservé aux anciens harkis qui n'étaient ni des traîtres, ni des collabos, le F.L.N. étant seul coupable du drame qu'ils ont vécu Premiers éléments critiques du dossier spécial sur les harkis.
D'aucuns ne manqueront pas de souligner combien le numéro spécial des TEMPS MODERNES consacré aux harkis, pour tenter de dire la vérité et réparer "une grave injustice" (merci Claude LANZMANN pour ces deux mots, ils sont vraiment appropriés et témoignent largement à eux seuls de votre évidente bonne volonté!) survient tard, bien tard! Mais s'attacher aux faits (terme mis en exergue sur la couverture), cinquante ans après, apparait, plus que louable, essentiel! C'est bien pourquoi, je ne voudrais dire que du bien des trois cents pages, destinées aux "parias de la guerre d'Algérie", pour leur permettre de mieux "respirer en France".
Pourtant, la blessure est telle que vous comprendrez que l'un des très rares métropolitains qui, s'est efforcé depuis quatre décennies (mon premier article dans...Lutte Ouvrière date de septembre 1976) de défendre cette cause dérangeante, demeure critique et vigilant. Ma première critique porte sur la méthodologie; à s'exonérer d'une présentation de chacun des intervenants (parcours et objectifs) en toute transparence, l'on s'expose aisément au reproche de manipulation politique ou d'arrière-pensée idéologique, ceci, de surcroît, dans un domaine, on ne peut plus sensible!
Quid de Lydia Ait Saadi Bouras?(nationalité et résidence? car, il est manifeste qu'une Algérienne, en Algérie n'est, aujourd'hui pas libre de traiter de ce sujet de façon impartiale...) Quid du général Geoffre de la Pradelle (de la Grande Muette ou non?) Quant à certaines contributrices et à certains contributeurs, il serait approprié de circonscrire leurs limites dans certains domaines. Ainsi Fatima Besnaci-Lancou ne s'est engagée dans l'action militante pour la cause des harkis qu'assez récemment . Ses études ou textes sont basées quasi-exclusivement que sur des témoignages qu'elle a pu recueillir. Son expérience la rend manifestement peu apte à raisonner dans une perspective historique à long terme.
Ses grands-mères ne parlaient pas le français apparemment , les miennes non plus,...Les femmes musulmanes ont obtenu le droit de vote à peine douze années après l'ensemble des femmes...Peut-on raisonnablement reprocher à la France , comme certains milieux s'échinent à le faire, de ne pas avoir scolarisé l'ensemble des jeunes Algériens dès 1830 alors que l'école n'est devenue obligatoire qu'à la fin du siècle? Au surplus, la demande de scolarisation des jeunes Algériens par les familles n'est venue que tardivement et je n'évoque même pas le refus des familles d'envoyer les jeunes filles à l'école... Sait-t-on que les enfants "algériens" étaient bien davantage préservés du travail forcé au dix-neuvième siècle que ceux du Nord-Pas-de-Calais.
C'est vrai, qu'il y avait beaucoup de misère dans les campagnes algériennes mais le dire sans évoquer les effets d'une explosion démographique induite par l'introduction de la médecine "française" serait une imposture .. Tout cela étant dit pour relativiser les effets du mot-clé employé par Fatima B.L. "colonisation" Elle s'est associée à M. Claude MANCERON qui se présente comme historien et journaliste mais qui n'a disposé d'aucune formation universitaire en histoire ou en journalisme. M. Manceron se rend très fréquemment en Algérie (avec quels fonds?) s'il faut en croire les très nombreux articles qui évoquent ses participations, en première ligne, à des colloques mettant virulemment en cause soit la "colonisation française", soit les"actions" de l'armée française et ceci, à ce jour sans possibilité
aucune de débat contradictoire, sur ces sujets.. .
Mme BESNACI-LANCOU et M. MANCERON inscrivent le débat sur l'engagement des harkis uniquement sous l'angle de la colonisation alors que la politique française en Algérie était hybride et complexe et surtout évolutive, dans le sens d'une participation toujours accrue des citoyens d'origine arabo-berbère, il n'est que trop vrai, trop longtemps cantonnés dans des emplois subalternes et ce pour de multiples raisons!
Vous écrivez très excellemment,en préface,
M.LANZMANN: "il est nécessaire. .. de complexifier (l'histoire des harkis) pour épouser la réalité et d'en finir avec la doxa du FLN et la nôtre, qui n'a pas contribué à la recherche et à l'établissement de la vérité" Dans leurs ouvrages et notamment" Les harkis dans la colonisation"(un titre ô combien évocateur!), Mme Besnaci et M Manceron s'attachent à
_occulter la participation toujours grandissante des musulmans aux responsabilités politiques, _à minimiser, voire à nier leur engagement patriotique français alors qu'il faut être aveugle pour ne pas le voir, tout particulièrement lors des événements de mai-juin 1958 dans toute l'Algérie ( comme d'ailleurs a pu en en témoigner assez récemment à la télévision le haut magistrat originaire de Constantine Raphaël DRAY). F.B.L.reconnait que Charles de Gaulle a déclaré le 6 juin 1958 à Mostaganem; "Vive l'Algérie française" alors qu'il était jusqu'alors très réticent à se prononcer pour l'intégration.
Elle "omet" de préciser que c'est bien sous la pression d'une foule très majoritairement musulmane, dont la ferveur patriotique française est alors indéniable! A lire et à relire le recueil des Temps Modernes, c'est à croire que les Français musulmans, engagés dans la défense de leur patrie française, étaient quasi-exclusivement de pauvres paysans illètrés, déracinés et quelque peu décérébrés. Au fait, F.B.L où étaient vos parents en mai-juin 1958: à agiter des drapeaux français, comme tout le monde! Je me souviendrais toujours d'un jeune étudiant kabyle que j'ai connu en 1965 à Strasbourg qui affichait des sentiments nationalistes "algériens" trop ostensiblement pour qu'ils soient honnêtes. Lorsque je lui ai dit "Ali, je parie que toute ta famille et tout le village manifestaient pour la FRANCE en 1958", il m'a dit alors de façon poignante et sans plus: "Jean-Michel, ne me fait pas pleurer!". Je crois que c'est de ce jour que j'ai compris, pour toujours, toute la profondeur du drame "algérien" et combien la vraie France a manqué une occasion si ce n'est unique, ô combien précieuse!
Rien dans votre revue du Docteur SID CARA, successivement sénateur, secrétaire d'Etat, coprésident des Comités de Salut Public en mai 1958 et député...
Rien sur Maître Ali CHEKKAL , assassiné par le FLN en 1957 au stade de Colombes sous les yeux du président COTY.
Rien sur Amar NAROUN, inspecteur général des finances sous la troisième République et député sous la quatrième .
Un journaliste de Sans-Frontières (dirigé au demeurant par le fils de Madame KHALI, figure ô combien pittoresque du "mouvement",) Driss ,enquêtant sur le sujet, était allé le voir car il inondait toute la France de sa "Lettre aux Algéro-Français" dans un français trop académique et châtié malheureusement pour pouvoir avoir prise ... M. Abderahmen MOUMEN, votre bien ténue contribution , manifestement écrite à la va-vite, pas "fouillée" du tout, mérite d'être refaite...Et si l'on évoque les noms de Mourad KAOUAH ancien député et surtout du bachaga BOUALEM (très souvent cité) ancien vice-président de l'Assemblée Nationale, c'est essentiellement pour les classer dans les rangs de l'OAS ou de l'extrême droite.
M.MANCERON ne craint pas de qualifier le Bachaga BOUALEM de personnalité politique (je cite) "totalement marginale en Algérie"
Si c'était le cas, pourquoi le FLN a-t-il tué dix-sept membres de sa famille? Comment se fait-il que lorsqu'il était président du Front de l'Algérie Française qu'afficher durant l'année 1960 ses sentiments très français comportait pour le moins quelque risque. Comment se fait-il aussi que lorsque le 9 novembre 1961 le Bachaga vota (à quelques petites semaines du 19 mars 1962) ce qu'il est convenu d'appeler l'amendement SALAN, il fut suivi par d'assez nombreux collègues musulmans (Ouali AZEM, le frère du très célèbre musicien kabyle Slimane AZEM, Ahmed DJEBBOUR, Mourad KAOUAH, Maître MALLOUM et j'en passe...). M. MANCERON manque décidément d'impartialité envers l'ancien vice-président de l'Assemblée Nationale comme il manque totalement d'aménité envers tout ce qui, de près ou de loin, évoque pour lui," les jusqu'aux boutistes de l'Algérie française". Il leur reproche d'être " hypocrites dans leur manière de défendre les harkis".
Je m'inscris en faux contre cette assertions infamante car beaucoup d'anciens membres ou sympathisants de l'OAS, souvent à peine sortis de prison, n'ont guère ménagé leur temps, ni leur peine, sans compter les dépenses occasionnées, pour l'accueil des harkis. Ils étaient parfois bien seuls!
Une telle partialité ne contribue guère à apaiser les passions! Mais venons-en à deux autres contributeurs; Mme Wassyla TAMZALI et
M.Benjamin STORA. Mme Wassyla TAMZALI est la fille d'un notable de l'Algérie française, assassiné comme tant d'autres par le FLN. Comment ne pas le dire alors que le thème de la violence du FLN apparait central du moins dans ce numéro censé consacré aux harkis. Elle m'a indiqué que le gouverneur général de l'Algérie venait très fréquemment présenter ses civilités à son père. Elle évoque d'ailleurs une partie de cela, m'a t-elle précisé dans son livre" Une jeunesse algérienne". Au surcroît, son oncle a été pendant longtemps sénateur sous la Quatrième République. Je la crois sincère lorsqu'elle éprouve de la compassion envers les harkis car, lorsque j'ai évoqué le sujet le 4 juin 2010, à la Cour des Chênes à Mulhouse, elle a notamment déclaré, en substance qu'il n'était pas normal qu'ils( les harkis) continuent d'être stigmatisés, alors que les assassins islamistes ont fait cent (ou mille fois, je ne sais plus très bien) pire, et ont été, quant à eux, réhabilités et indemnisés, le sang de leurs victimes à peine séché. Une comparaison entre le sort réservé, en Algérie, d'une part aux anciens harkis, d'autres part aux anciens islamistes, eut été judicieuse, ne croyez-vous pas M.LANZMANN? J'ajoute que Mme TAmzali apparaît dans une situation des plus paradoxales, son père a été assassiné par le FLN et elle est féministe...
Pourtant, elle soutient ce même FLN qui par une loi de 1984 a assigné aux femmes algériennes un rôle de mineures à vie! Disons à sa décharge, que sa schizophrénie est partagée par de très nombreux Algériens et Algériennes comme j'ai pu m'en rendre compte lors de l'entretien que j'ai pu avoir le 2 mai 2010 à Paris avec Maître Mokrane Aït Larbi, le présumé défenseur des jeunes algériens "tricolores" qui, au lycée OKBA de Bab-El-Oued ont arboré fin 2008 les couleurs de notre drapeau.
Venons-en à M. Benjamin STORA qui a les titres requis pour se revendiquer comme historien. Question pourtant pour cet ancien militant trotskyste : la rigueur du scientifique va-t-elle de pair avec un affichage militant (au demeurant orienté bien davantage vers les victimes de la répression de la manifestation du FLN à Paris du 17 octobre 1961 que vers celles des massacres de harkis et messalistes-il connaît ou est censé connaître cette dernière question) et l'expression très voyante de son soutien successivement à Mme ROYAL et à M.HOLLANDE.
Dans une page spéciale d'El WATAN du 10 novembre 2003 au sujet du massacre des harkis, lui et Mohamed HARBI éludent la question de l'importance du nombre de victimes -M.STORA :"I1 n'y avait pas de volonté délibérée d'extermination M. HARBI :"la tendance à la violence a été jugulée"
Aujourd'hui, nos deux compères réajustent leurs lunettes -M. STORA, page 41 des TM. "Je ne voudrais pas me prononcer sur l'appréciation de crime contre l'humanité (NDLR: pourquoi cette prudence?) mais
c'est un crime délibéré (alors qu'en 2003, il n'y avait pas de volonté délibérée!) ou couvert par un Etat"
-M. HARBI quant à lui reconnaît, tout récemment dans un entretien reproduit par Le Matin cinquante mille victimes! Encore un effort, Messieurs!
Mais je reviendrai, M. LANZMANN, sur ce point précis et sur l'ensemble du dossier dès que j'en aurai l'occasion !
Jean-Michel WEISSGERBER
PS :J'ai connu moi également M. André WORMSER, qui m'a été présenté par M. KABERSELI , figure de proue du mouvement associatif harki, qui, pourtant n'est cité, sauf erreur de ma part qu'une seule fois alors que l'historien , spécialiste de l'Algérie Guy PERVILLE fait souvent référence à son ouvrage «Le chagrin sans la pitié", que Pierre VIDAL-NAQUET lui-même le cite et que M. ROUX, cité dans le numéro 666 des T.M. l'a largement pillé( et quand même passablement cité ) pour écrire son ouvrage qui, au demeurant a été retiré pour plagiat.
Crédit: Le clin d'oeïl N° 248
|
| |